OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Penser le futur du web http://owni.fr/2011/10/25/futur-web-moteur-recherche-donnees-reseau/ http://owni.fr/2011/10/25/futur-web-moteur-recherche-donnees-reseau/#comments Tue, 25 Oct 2011 16:41:02 +0000 Olivier Ertzscheid http://owni.fr/?p=84609

Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ? Moteurs de recherche et réseaux sociaux occupent une place chaque jour plus prépondérante dans nos accès à l’information et à la connaissance. Ils suscitent également de vives interrogations, notamment dans leur capacité à rendre indexables des informations relevant indistinctement des sphères publiques, privées et intimes des contenus disponibles en ligne.

Enfin, inaugurés par le “like” de Facebook, les systèmes de recommandation se multiplient, venant concurrencer ou remplacer l’établissement de liens hypertextes et suscitant de nouveaux usages, de nouvelles métriques. Par ailleurs, la famille documentaire s’est agrandie : les encyclopédies sont devenus collaboratives, d’immenses silos documentaires sont apparus (YouTube, Flickr, etc.), les profils humains sont devenus des objets de “collection”.

Ce qui a réellement changé : capter l’attention

Question d’économies. Dans le contexte d’une abondance de contenus informationnels, prévaut une économie de l’attention hypothéquée par la capacité à mettre en place une économie de la confiance (Trust economy) avec la foule comme support (crowdsourcing), la modélisation de la confiance comme vecteur, et de nouvelles ingénieries relationnelles comme technologie.

La force des métadonnées. Pour les moteurs mais aussi pour les réseaux sociaux, toutes les données sont ou peuvent devenir des métadonnées, qui dessinent des comportements (pas uniquement documentaires) en même temps qu’elles permettent de caractériser la motivation de ces mêmes comportements. Chaque clic, chaque requête, chaque comportement connecté fait fonction de métadonnée dans une sorte de panoptique global.

Le web invisible ne l’est plus vraiment. Le défi technologique, après avoir été celui de la masse des documents indexés, devient celui de la restitution en temps quasi-réel du rythme de publication propre au web (“world live web”). Pour accomplir ce miracle, il faut aux outils de captation de notre attention que sont les moteurs et les réseaux sociaux, une architecture qui entretiennent à dessein la confusion entre les sphères de publication publiques, intimes et privées.

Rendre compte de la dissémination et du mouvement

La naissance de l’industrie de la recommandation et des moteurs prescripteurs. La recommandation existe de toute éternité numérique, mais elle est désormais entrée dans son ère industrielle. Moteurs et réseaux sociaux fonctionnent comme autant de prescripteurs, soit en valorisant la capacité de prescription affinitaire des “proches”, des “amis” ou des “collaborateurs” de l’internaute (boutons “like” et “+1″), soit en mettant en avant les comportements les plus récurrents de l’ensemble de leurs utilisateurs.

De nouvelles indexations. Après l’indexation des mots-clés, des liens hypertextes, des images, de la vidéo, des profils, il faut maintenant apprendre à indexer, à mettre en mémoire, la manière dont circule l’information, être capable de rendre compte de cette dynamique virale, capable de prendre en compte la dissémination, l’écho, l’effet de buzz que produisent les innombrables “boutons poussoir” présents sur chaque contenu informationnel pour lui assurer une dissémination optimale.

Navigation virale ou promenade carcérale ? L’approche fermée, propriétaire, compartimentée, concurrentielle, épuisable de l’économie du lien hypertexte que proposent les systèmes de recommandation, ne peut mener qu’à des systèmes de nature concentrationnaire. Des écosystèmes de l’enfermement consenti, en parfaite contradiction avec la vision fondatrice de Vannevar Bush selon laquelle la parcours, le chemin (“trail”) importe au moins autant que le lien. Les ingénieries relationnelles des systèmes de recommandation – de celui d’Amazon au Like de Facebook – ressemblent davantage à une promenade carcérale qu’à une navigation affranchie parce qu’elles amplifient jusqu’à la démesure la mise en avant de certains contenus au détriment de la mise au jour d’une forme de diversité.

Brassage des données dans un “jardin fermé”

Un nouveau brassage. La recherche universelle, désignant la capacité pour l’utilisateur de chercher simultanément dans les différents index (et les différentes bases de données) proposés par les moteurs de recherche, ouvre un immense champ de possibles pour la mise en œuvre d’algorithmes capables de prendre en charge les paramètres excessivement complexes de la personnalisation, de la gestion des historiques de recherche, de l’aspect relationnel ou affinitaire qui relie un nombre de plus en plus grand d’items, ou encore du brassage de ces gigantesques silos de donnés. Un brassage totalement inédit à cette échelle.

Le mirage des nuages. De rachats successifs en monopoles établis, l’extrême mouvement de concentration qui touche la médiasphère internautique fait débat. D’un immense écosystème ouvert, le web mute aujourd’hui en une succession de ce que Tim Berners Lee nomme des “walled gardens”, des “jardins fermés”, reposant sur des données propriétaires et aliénant leurs usagers en leur interdisant toute forme de partage vers l’extérieur. L’enjeu n’est alors plus simplement celui de l’ouverture des données, mais celui de la mise en place d’un méta-contrôle, un contrôle accru par la migration de l’essentiel de nos données sur les serveurs des sociétés hôtes, grâce à la banalisation du cloud computing : l’essentiel du matériau documentaire qui définit notre rapport à l’information et à la connaissance étant en passe de se retrouver entre les mains de quelques sociétés marchandes

Et tout ça pour quoi ? Il s’agit de porter à visibilité égale des contenus jusqu’ici sous-utilisés ou sous-exploités, pour augmenter leur potentiel marchand en dopant de la sorte le rendement des liens publicitaires afférents. Un objectif qui ne peut être atteint sans la participation massive des internautes.

La marchandisation de toute unité documentaire recensée

Le web personnel. La pertinence et la hiérarchisation d’un ensemble de contenus hétérogènes n’a de sens qu’au regard des intérêts exprimés par chacun dans le cadre de ses recherches précédentes. La condition sine qua non de la réussite d’une telle opération est le passage au premier plan de la gestion de l’historique des recherches individuelles.

Algorithmie ambiante. A la manière de l’informatique “ambiante” qui a vocation à se diluer dans l’environnement au travers d’interfaces prenant la forme d’objets quotidiens, se dessinent les contours d’une algorithmie également ambiante, c’est à dire mettant sous la coupe de la puissance calculatoire des moteurs, la moindre de nos interactions en ligne.

Marchands de documents. Derrière cette algorithmie ambiante on trouve la volonté déterminée d’optimiser encore davantage la marchandisation de toute unité documentaire recensée, quelle que soit sa sphère d’appartenance d’origine (publique, prive, intime), sa nature médiatique propre (image, son, vidéo, page web, chapitre de livre, etc…), sa granularité (un extrait de livre, un billet de blog, un extrait de vidéo …) et son taux de partage sur le réseau (usage personnel uniquement, usage partagé entre « proches », usage partagé avec l’ensemble des autres utilisateurs du service).

Une base de données des intentions

La recherche prédictive. Les grands acteurs du web disposent aujourd’hui d’une gigantesque “base de donnée des intentions” (concept forgé par John Battelle), construite à l’aide de nos comportements d’achats, de l’historique de nos requêtes, de nos déplacements (géolocalisation), de nos statuts (ce que nous faisons, nos centres d’intérêt), de nos “amis” (qui nous fréquentons). Une base de donnée des intentions qui va augmenter la “prédictibilité” des recherches. Et donc augmenter également leur valeur transactionnelle, leur valeur marchande.

Recherche de proximité et moteurs de voisinage. A l’aide de moteurs comme Intelius.com ou Everyblock.com, il est possible de tout savoir de son voisin numérique, depuis son numéro de sécurité sociale jusqu’à la composition ethnique du quartier dans lequel il vit, en passant par le montant du bien immobilier qu’il possède ou l’historique de ses mariages et de ses divorces. Toutes ces informations sont – aux États-Unis en tout cas – disponibles gratuitement et légalement. Ne reste plus qu’à les agréger et à faire payer l’accès à ces recoupements numériques d’un nouveau genre. Surveillance et sous-veillance s’affirment comme les fondamentaux de cette nouvelle tendance du “neighboring search.

Pourquoi chercher encore ? Le nouvel horizon de la recherche d’information pose trois questions très étroitement liées. Demain. Chercherons-nous pour retrouver ce que nous ou nos “amis” connaissent déjà, permettant ainsi aux acteurs du secteur de vendre encore plus de “temps de cerveau disponible” ? Chercherons-nous simplement pour acheter, pour consommer et pour affiner le modèle de la base de donnée des intentions ? Ou pourrons-nous encore chercher pour dmoteuécouvrir ce que nous ne savons pas (au risque de l’erreur, de l’inutile, du futile) ?

Les risques d’une macro-documentation du monde

Le web était un village global. Son seul cadastre était celui des liens hypertexte. Aujourd’hui, les systèmes de recommandation risquent de transformer le village global en quelques immeubles aux incessantes querelles de voisinage.

Un web hypermnésique et des moteurs omniscients. Aujourd’hui le processus d’externalisation de nos mémoires documentaires entamé dans les années 1980 avec l’explosion des mémoires optiques de stockage est totalement servicialisé et industrialisé. L’étape suivante pourrait ressembler à l’hypermnésie. Celle dont souffre Funès dans la nouvelle de Borges. Mais cette hypermnésie est aujourd’hui calculatoire, algorithmique, ambiante. Elle est massivement distribuée, ce qui lui confère cette impression de dilution, de non-dangerosité. Mais quelques acteurs disposent des moyens de l’activer et de tout rassembler. Pour l’instant ce n’est que pour nous vendre de la publicité, du temps de cerveau disponible. Mais que deviendrait cette arme hypermnésique entre les mains d’états ? Nous avons tendance à oublier l’importance de se souvenir puisqu’il est devenu possible de tout se remémorer.

Des enjeux de politique … documentaire. La deuxième question c’est celle de l’écosystème informationnel que nous souhaitons pour demain. Ne rien dire aujourd’hui, c’est consentir. Il est aujourd’hui absolument nécessaire d’ouvrir un débat autour de l’écosystème non plus simplement documentaire mais politique que les moteurs représentent, il est vital de s’interroger sur la manière dont cet écosystème documentaire conditionne notre biotope politique et social … Or toutes ces questions sont par essence documentaires, ce sont les questions que posent une macro-documentation du monde. Voilà pourquoi le rôle des professionnels de l’information est et sera absolument déterminant.


Billet initialement publié sur affordance.info, sous le titre “Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ?”. Article de commande pour la revue Documentaliste, sciences de l’information, publié ici dans sa version longue. Article également déposé sur ArchiveSic.

Ertzscheid Olivier, “Méthodes, techniques et outils. Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ?” in Documentaliste, sciences de l’information. Vol. 48, n°3, Octobre 2011, pp. 10-11. En ligne

Olivier Ertzscheid est également auteur d’un récent ouvrage sur l’identité numérique et l’e-reputation

Illustrations CC FlickR eirikref (cc-by), hawksanddoves.

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Vidéo et gestion des droits : ne faites pas n’importe quoi ! http://owni.fr/2011/02/07/video-et-gestion-des-droits-ne-faites-pas-nimporte-quoi/ http://owni.fr/2011/02/07/video-et-gestion-des-droits-ne-faites-pas-nimporte-quoi/#comments Mon, 07 Feb 2011 16:14:44 +0000 Michèle Battisti http://owni.fr/?p=30150 En prenant l’exemple du lipdub, Michèle Battisti fait le point sur les démarches administratives à accomplir lorsque l’on souhaite utiliser un contenu audio dans le cadre d’une vidéo promotionnelle. Des conseils utiles aussi bien pour un responsable marketing que pour les artistes qui voudraient se protéger de l’exploitation illégale de leurs morceaux.

Reprendre la définition

Un lipdub, ou clip de promotion est une vidéo réalisée en play-back et en plan-séquence par des collègues d’un milieu professionnel, généralement destiné à une diffusion sur Internet ou d’autres réseaux.

Établir la liste des droits

Si l’on utilise, par exemple, une chanson diffusée dans le commerce sous la forme d’un CD, il sera nécessaire d’obtenir des droits auprès de l’auteur de la musique et de l’auteur des paroles, voire auprès de l’arrangeur si l’arrangement s’avère lui aussi original. Il faudra également l’autorisation du producteur du CD de l’enregistrement utilisé (ne pas se tromper de version de la chanson) et celle de l’interprète qui bénéficient tous deux de droits voisins.

Une autorisation au titre du droit moral pourrait être envisagée, l’interprétation étant susceptible de porter atteinte à l’intégrité de l’œuvre lorsqu’elle est déformée par une mauvaise exécution, par une modification des paroles (ce qui sera sans doute simple à prouver, … à moins de démontrer que l’on est dans le registre de l’humour, la parodie étant une exception au droit d’auteur, et dans ce cas plus besoin de l’accord du parolier !), ou tout simplement pour avoir été utilisée à des fins non désirées. A cet effet, avant toute diffusion, il sera opportun de contacter les auteurs et les interprètes, voire leurs ayants droits si ceux-ci sont décédés.

C’est ce qui permettra d’exploiter l’œuvre musicale dans un cadre collectif sur internet, lors de divers évènements institutionnels, mais aussi sur l’intranet de l’entreprise, en n’oubliant pas de mentionner les auteurs dans les crédits.

Négocier les droits

Pour une diffusion sur Internet ou intranet, c’est la société de gestion collective Sesam qui sera votre interlocuteur. Comme Sesam ne représente, via la Sacem, que les auteurs, il faudra également contacter le producteur qui vous accordera souvent – mais pas toujours –l’autorisation des interprètes. Les auteurs peuvent – cas rare mais à envisager – n’être pas membres de la Sacem. Dans ce cas, il vous appartient de les retrouver.

Mais Sesam n’accorde pas le droit de télécharger l’enregistrement. Si vous souhaitez octroyer cet usage, il faudra contacter en outre la Sacem et le producteur.

En revanche, si le lipdub est diffusé lors d’une manifestation (assemblée générale, journée portes ouvertes, …), l’accord de la Sacem est suffisant car, dans ce cas, cette société de gestion collective représente également les sociétés de gestion collective de producteurs et d’interprètes. Si ce n’est que les auteurs et les interprètes doivent être directement contactés au titre du droit moral. Et oui !

Ne pas oublier

Lorsque la vidéo est réalisée avec l’aide d’une agence de communication, il faut régler par contrat outre la question de la prestation, celle des droits et, au titre du droit à l’image, il est prudent d’obtenir l’autorisation de ses collègues ou personnes apparaissant sur le clip. On ajoutera qu’il faut éviter de filmer des lieux protégés par le droit d’auteur et des lieux privés sans autorisation expresse, ou encore d’adopter des chorégraphies toujours sous droit, comme celles réalisées par Michael Jackson, pourtant si tentantes.

Je n’ai pas tous les droits

En cas d’infraction, une notification sera faite aux plateformes hébergeant votre vidéo qui ne s’embarrasseront pas de vérifier leur licéité, et supprimeront votre clip supposé contrefaisant ((La Sacem qui avait déjà négocié avec Dailymotion, a conclu un accord avec YouTube le 30 septembre 2010.  Depuis le 1er octobre 2010, la mise en ligne sur YouTube permet  de se passer de l’autorisation de la Sacem, mais pas de celle des producteurs de CD ni des artistes-interprètes que cette société ne représente pas (encore) ou portant atteinte à la vie privée, à charge pour vous de présenter les accords obtenus, dans une notification de contestation. Rappelons qu’une contrefaçon est passible d’une peine allant jusqu’à 300 000 euros d’amende et trois ans de prison. Mais rassurez-vous ! Avant tout procès, il peut y avoir négociation.

Comment éviter toutes ces démarches ?

En imaginant que vous-même ou l’un de vos collègues composiez la musique et les paroles, les arrangiez, créiez le scénario, procédiez à l’enregistrement et à son montage (au risque d’être moins percutant), et en cédiez expressément les droits à votre employeur. Vous pouvez aussi utiliser des chansons proposées sous une licence Creative Commons, lorsque la licence autorise un usage commercial et la création d’une œuvre dérivée, faute de quoi il faudra négocier auprès de l’ayant droit de la musique et des paroles pour réaliser votre lipdub qui représente une œuvre dérivée de l’œuvre première.

Vous avez tous les droits ?

Votre œuvre sera protégée à son tour. A vous d’en définir les usages ! Le lipdub de Justin notaire par exemple, autorise le mix, le karaoke, le téléchargement de photos etc. … – et d’en accorder les droits à des tiers, au coup par coup ou via une licence Creative Commons (ou une autre licence libre de votre choix), si celle-ci est compatible avec les utilisations qui vous ont été accordées.

Quelques règles

  • La vidéo, œuvre audiovisuelle est une œuvre de collaboration pour laquelle le producteur est présumé s’être fait céder tous les droits. Toute présomption contraire reste possible, à charge de le démontrer.
  • Une œuvre sera protégée par le droit d’auteur si elle est originale, soit « empreinte de la personnalité de son auteur ». L’œuvre musicale est une œuvre de collaboration, ce qui signifie qu’elle tombera dans le domaine public 70 ans après la mort du dernier des coauteurs. Les titulaires de droits voisins bénéficient de ces droits pendant 50 ans après la mise à disposition de l’œuvre.
  • Parmi les exceptions au droit patrimonial de l’auteur, on aurait pu s’appuyer sur la citation. Mais citer une œuvre musicale n’est pas admis (il est prudent de l’affirmer, en tout cas). Quant à la citation d’une œuvre audiovisuelle, qui doit être brève (ne pas représenter un extrait) et insérée dans une œuvre seconde, elle n’est pas appropriée ici. Comme il ne s’agit pas vraiment d’une parodie, conçue à des fins humoristiques (quoi que …), et que l’on se trouve dans un cadre institutionnel, cette autre exception au droit patrimonial de l’auteur ne peut pas être envisagée non plus.
  • Au titre du droit moral, l’auteur et l’artiste-interprète peuvent exiger de faire respecter leur droit de paternité et d’intégrité de l’œuvre. Ils disposent aussi d’un droit de divulgation et de retrait. Eux, puis leurs ayants droit, peuvent les exercer de manière perpétuelle. Le producteur qui dispose aussi de droits voisins ne bénéficie pas de droits moraux.
  • Une musique proposée sous licence Creative Commons n’est pas libre de tous droits. Selon le cas, la licence peut interdire de modifier l’œuvre, de l’utiliser à des fins directement ou indirectement commerciale, ou de la diffuser sous un autre contrat que le contrat initial.

Vous voilà prêt à aborder un nouveau cas

La prochaine assemblée générale se tiendra dans un manoir que vous avez loué. Vous payez un prestataire pour enregistrer cet évènement, le diffuser en temps réel, puis le mettre en ligne sur l’extranet de votre entreprise. Votre prestataire vous propose d’ « habiller graphiquement les images » et de créer des contenus pour le rendre plus « spectaculaire ».

Il faut donc à nouveau un contrat ad hoc avec l’agence de communication pour régler la question de la prestation et des droits d’auteur. Il faut aussi l’accord des propriétaires du lieu de tournage en prêtant attention aux œuvres encore protégées par le droit d’auteur qui pourraient s’y trouver : un tableau, une sculpture, etc., surtout si, par malheur, on devait les apercevoir par la suite en gros plan.

Il vous faut aussi l’accord exprès des intervenants qui doivent connaître les lieux de diffusion, en l’occurrence l’extranet de l’entreprise. Un accord tacite pour les autres personnes peut être envisagé, mais celles-ci doivent être informés – sur l’invitation, par exemple – que la manifestation sera filmée et du lieu de diffusion. Si vous songiez à d’autres usages, il est prudent de les mentionner immédiatement.

Votre vidéo est enrichie. Vous vous trouvez face à une œuvre composite pour laquelle il faut négocier les droits permettant l’insertion d’autres œuvres dans l’œuvre initiale – la vidéo – et une mise en ligne sur l’extranet, voire pour d’autres usages.

Et ainsi de suite ….

Article paru dans le n° 4, 2010 de la revue Documentaliste consacrée aux vidéos en ligne

>> photos flickr CC Reinis Traidas ; Daniel F. Pittago ; Terry Chay

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Pourquoi vous subissez René la taupe? http://owni.fr/2010/08/30/pourquoi-vous-subissez-rene-la-taupe/ http://owni.fr/2010/08/30/pourquoi-vous-subissez-rene-la-taupe/#comments Mon, 30 Aug 2010 16:16:29 +0000 Maxime Garrigues http://owni.fr/?p=26281 Entrepreneur et blogueur toulousain, Maxime Garrigues publie sur son site maximegarrigues.com des billets liés à l’actualité des nouvelles technologies. Il analyse pour nous le phénomène (plus marketing que) musical de l’année.

Taupe, charts et pactole

“Vous n’avez pas pu passer à coté du phénomène “René La Taupe”. Depuis quelques semaines, ce mammifère à la voix plus qu’agaçante est présent sur les plus grandes chaînes et stations de radios françaises. Avec deux titres à son actif, Merde (2009) et Mignon Mignon (2010), la taupe qui chante squatte les premières places des classements des titres les plus téléchargés en France et est l’un des tubes de l’été 2010. Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi je parle, voici le clip du titre “Mignon Mignon” …

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Derrière ce sympathique personnage se cache l’industrie du contenu pour mobile. Index Multimédia, Zaoza, K-Mobile, … ils produisent et distribuent du contenu qui vous permet de personnaliser votre mobile. Je parle ici de sonneries, de fond d’écrans, de jeux, d’applications, de logos ou encore des vidéos. Ce marché est loin d’être anecdotique. Même si celui-ci connait un relatif recul du fait de l’évolution des terminaux qui permettent une personnalisation par les utilisateurs (Smartphone) il reste tout de même conséquent.


En France, d’après une enquête menée par l’institut GFK, celui-ci est évalué en 2009 à près de 170 Millions d’Euros. René est un pur produit de ce marché, une création de la marque de distribution de contenu sur mobile Jamba. Marque Européenne, Jamba appartient à la Fox Mobile Distribution (FMG) qui règne sur le contenu mobile international.

René la Taupe était une sonnerie pour portable …

Avant de devenir un tube, René était donc une sonnerie pour portable. Un produit conçu en un temps record. Contactée par mes soins, Séverine Thomazo, Directrice Marketing chez Fox Mobile Distribution, explique que

“Nous avons un studio de créa basé à Berlin avec qui nous travaillons tous les jours afin de trouver de nouveaux personnages 3D. L’idée de la Taupe a été proposée et retenue car nous recherchions un personnage mignon, mais aussi maladroit et drôle. René parle de sujets sensibles, et ce d’une manière directe, sarcastique et bien sûr amusante. Il peut dire tout fort ce que les autres chuchotent. Il se fait ainsi la voix de la France ! Il dédramatise des sujet tels que le surpoids.”

Cette dernière confirme dans une interview donnée à France-Soir que les paroles n’ont pas pris plus de dix minutes à écrire « J’ai écrit les paroles en sept minutes top chrono, entre midi et deux heures. C’est un délire de quelques minutes qui se vend partout en France » Pour ceux qui douteraient de leur simplicité, vous pouvez les lire en suivant ce lien.

L’idée validée, la production du futur hit n’a pas pris plus de temps : “le titre a été préparé pour le marché français fin avril et lancé directement, soit début mai”, un seul petit mois au total donc. Il faut dire que René La Taupe est un produit idéal. Il ne s’agit pas d’une licence ni d’un tube existant. Il y a donc très peu de contraintes de droits d’auteurs et autres délires artistiques à respecter. Dans le même axe, René La Taupe est un personnage 3D qui ne rechigne pas à la tache. Un son trop aigu ? Il suffit de quelques clics pour modifier tout cela… Difficile de faire mieux.
Une fois le contenu en boîte, celui-ci doit être distribué au plus vite. Là encore rien de plus simple. Il s’agit d’un produit totalement dématérialisé. Un simple fichier MP3 qui ne demande ni transport, ni stock et qui n’est pas périssable.

Viens par là, René...

La distribution est d’autant plus aisée que Jamba a des accords avec les principales plate-formes de téléchargement de contenus mais aussi avec les principaux opérateurs qui les aident à toucher directement leur cible. Jamba vient ainsi de signer un accord avec NRJ Mobile pour la mise en place d’une plateforme d’apps pour mobile et la Fox Mobile Distribution vient de signer un deal mondial avec l’opérateur Orange qui porte sur la distribution de contenu auprès des 117 Millions de clients de la marque dans plus de 30 pays.

Disponible en quantité inépuisable et produit à faible coût, il ne reste plus qu’à vendre en quantité pour toucher le jackpot. Pour cela deux éléments clés du MIX rentrent en jeu, le prix et la communication.

Un prix faible et des moyens de paiement détournés

Compte tenu de la typologie du produit le prix ne peut être élevé. Le titre “Mignon Mignon” se situe toutefois dans la tranche haute des sonneries avec un prix de vente de 3 euros (l’achat donne toutefois aussi accès au catalogue de contenu pour une semaine à l’acheteur). Les 3 euros sont suffisamment bas pour être indolore dans le portefeuille des ménages Français, mais est suffisamment haut pour générer un CA global important pourvu que le nombre de téléchargements se compte en milliers.

Imaginons en effet que les coûts de productions aient atteint les 100 000 Euros. Il faut générer un minimum de 34 000 téléchargements pour atteindre le seuil de rentabilité hors médias. Largement jouable non ? Au vu des classements on peut estimer que le titre approche du million de téléchargements, ce que me confirme à demi-mot Séverine : “Nous avons effectué des centaines de milliers de téléchargements de la sonnerie Mignon Mignon depuis son lancement le 1er mai.” Le paiement quand à lui se fait par SMS surtaxé, un micro-paiement très en vogue chez nous et popularisé par les jeux TV, qui ne donne pas pas l’impression de dépenser.

Pour générer un maximum de vente à 3 euros, il faut médiatiser le contenu et c’est là que les choses deviennent intéressantes. La sonnerie de René est loin d’être la seule sur le marché. Même si le produit a été conçu pour être facilement mémorisable, il faut le sur-médiatiser afin de le faire acheter par les Français.

Je n’ai pas pu connaître le poids de la communication dans le budget total d’un produit tel que René La Taupe. Force est de constater qu’il est plus que conséquent. Séverine Thomazo m’explique ainsi que :

“Nous avons travaillé principalement le titre en TV pour commencer, puis ensuite en presse, radio, internet etc…Dans un deuxième temps nous nous sommes rapprochés de Believe afin de promouvoir le téléchargement du single complet sur toutes les plate formes françaises.”

La priorité est donc donnée au mass média avec une utilisation astucieuse du budget. René La Taupe n’est en effet jamais présente aux heures de grande écoute, mais plutôt à des horaires où le ratio audience / prix est le plus avantageux. René La Taupe n’a pas besoin d’une forte segmentation, peu importe la typologie de l’audience pourvu qu’elle dispose d’un mobile.

Vous remarquerez que le média web a été oublié, ce que me confirme Séverine.“Nous n’avions pas de stratégie sur ce marché au départ. Toutes les pages Facebook existantes ainsi que les nombreuses vidéso sur YouTube sont mises en ligne par les fans de René.” Ce qui parait incroyable au vu du buzz que génère cette taupe grosse et grasse. Tout comme Crazy Frog, la grenouille aviatrice qui avait inspiré deux jeunes (12 Millions de vues !) , René La Taupe génère des vues et des parodies. La vidéo officielle affiche ainsi plus de 5 Millions de vues et on trouve déjà de nombreuses vidéos d’inconnus reproduisant la chorégraphie de la taupe. Voir ici.
En parallèle, on voit apparaître de plus en plus de tweets concernant René et des pages “J’aime” sur Facebook se remplissent chaque jour un peu plus. Une requête Google Trends nous confirme tout cela, le trafic généré par cette taupe ne cesse de croitre depuis son lancement en Mai.

Le business model de René La Taupe ressemble comme deux gouttes d’eau à celui des acteurs du social gaming tel que Zynga : un produit idéal, du micro-paiement, et des millions de clients.

René La Taupe est engagée dans un cercle vertueux que la société Jamba fait tout pour entretenir.

Séverine m’explique en effet que “Le single physique est en cours de préparation et sera en vente dès le 30 août ! Le label avec qui nous travaillons sur ce projet est EMI. Une application iPhone est en cours de développement et un titre spécial Rentrée Scolaire (reprise du titre « Merde » avec de nouveaux textes). S’ensuivra un tout nouveau single courant septembre, puis enfin un Album avant Noël. Un titre de Noël est déjà en production également.”

Vous l’avez compris, vous n’avez pas fini de voir René La Taupe sur vos écrans !

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Article initialement publié chez Nicolas Bordas sous le titre “Et si René la Taupe partait à la conquête du monde ?”

Crédits photos CC Flickr kiki99 & Matlock-Photo

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“Susan Boyle”, ce n’est que de la télé http://owni.fr/2009/05/01/susan-boyle-ce-nest-que-de-la-tele/ http://owni.fr/2009/05/01/susan-boyle-ce-nest-que-de-la-tele/#comments Fri, 01 May 2009 21:29:26 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=678 Susan Boyle” est la première vidéo virale que je ne suis pas allé voir sur internet (jusqu’à aujourd’hui, du moins: c’est l’écriture de ce billet qui a suscité ma première consultation). Pourquoi faire, puisque j’en avais vu l’essentiel, réduit à quelques extraits, à la télévision? Soit un cheminement inverse de celui habituellement dessiné à partir du signalement d’un média en ligne, un réseau social ou un e-mail. Ce qui changeait d’emblée le rapport à l’objet. Au lieu d’une énigme qui sollicite notre participation, comme le rébus d’une chasse au trésor, ce cadeau déjà déballé décourageait plutôt la curiosité.

Et puis il y avait dans ce phénomène apporté sur un plateau ce petit air entendu, cet arrière-goût qui n’arrivait pas à tromper le palais. “Susan Boyle” n’appartient pas à la catégorie des lapsus visuels, genre privilégié du buzz, mais à celle de la métamorphose. Une figure particulièrement appréciée des premiers temps du web 2.0, sur un mode particulier, dont “Everyday” de Noah Kalina avait écrit les règles épurées: une transfiguration muette, pure manifestation visuelle, appuyée sur l’illustration musicale à la manière du cinéma.

La métamorphose de “Susan Boyle” n’a rien à voir avec ce modèle. Elle offre une démonstration lourde et répétitive, ultra-soulignée par tous les plans du montage, et qui se lit tout particulièrement sur le visage du principal animateur, Simon Cowell (voir ci-dessus). Ce pilier des programmes type “Pop Idol” depuis 2001 connait la musique: ses mimiques et ses convulsions sourcillaires permettent de suivre à la virgule le scénario mille fois repris depuis Cendrillon ou Peau d’Âne de la souillon devenue princesse.

Ce classique de l’imaginaire populaire, qui joue la partition du coup de théâtre sur fond de vengeance de classe, a fourni à la télévision un inépuisable filon de surprises prévisibles, du relooking à “Qui veut gagner des millions”. Et c’est bien la télé qui a établi la scénographie de cette version de la métamorphose, à grand coup de cuivres et de caméras en piqué, dans une débauche pompeuse d’effets grandiloquents.

On peut s’interroger sur la signification de la performance de “Susan Boyle” sur le web. En la matière, c’est Narvic qui s’approche le plus près de la solution, en notant que «l’épisode est une illustration exacte du contraire même de ce que prophétisait le Web 2.0.». On peut être plus catégorique encore: “Susan Boyle” n’a rien à voir avec le web 2.0. Comme le relève avec perspicacité Fatima Aziz, c’est le 11 avril, «suite à la diffusion télévisée de la performance assez surprenante de Boyle (…) que la chaîne ouvre un compte officiel sur YouTube». Hybridité des médias? Il s’agit plutôt d’un squat opportuniste, qui offre à l’émission de flux le bénéfice d’une rediffusion permanente et gratuite, sans aucun recours à l’interactivité de l’outil. Produite par la télé, prescrite par la télé, la séquence va évidemment connaître une courbe de fréquentation aux amphétamines, jusqu’à devenir à son tour phénomène d’audience en ligne, créant une nouvelle boucle d’interprétation autoréalisatrice web-to-web, qui conclut au «plus grand phénomène viral de tous les temps

Pourtant, “Susan Boyle” n’est que de la télé. De la télé qui instrumentalise le web, pour une leçon cruelle. C’est en se servant des outils d’internet, ces fameux compteurs qui ont fait le succès de Youtube, que la télévision apporte la démonstration qu’en matière d’audience, elle n’a rien à craindre du web. En écrabouillant avec désinvolture les buzz laborieux qui émergent à grand peine du réseau, “Susan Boyle” redresse la balance et chahute le cliché du déplacement des publics vers les nouveaux médias. Si cette migration est une tendance incontestable, on aurait tort de penser que le match est joué. Les vieux médias ont encore de beaux jours devant eux.

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