OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 La victoire des nerds http://owni.fr/2012/11/19/la-victoire-des-nerds/ http://owni.fr/2012/11/19/la-victoire-des-nerds/#comments Mon, 19 Nov 2012 16:24:45 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=126181 The Atlantic raconte comment, en 2012, la campagne d'Obama s'est (enfin !) jouée sur Internet. Aux côtés de codeurs barbus et binoclards, elle a intégré l'infrastructure et l'esprit du réseau. ]]>

“Cette année, la campagne s’est jouée sur Internet”. Effet de bord des “buzz” et autres “clashs” politiques 2.0, la formule est désormais une tarte à la crème des élections. De la présidentielle à la nomination d’un chef de clan, chaque rendez-vous du genre est censé marquer l’avènement d’une nouvelle approche politicienne du Net, forcément plus fine et plus adéquate – sans que les faits suivent vraiment le discours.

Le marronnier a explosé après 2008, et la campagne très web-friendly de Barack Obama, dont commentateurs et politiques de tout pays — la France en tête — se seraient inspirés avec plus ou moins de succès. Quatre ans plus tard, le bruit se fait moins entendre. Pourtant, la campagne américaine s’est jouée plus que jamais sur Internet. Ou plus exactement en son cœur. C’est moins visible mais autrement plus impressionnant. Et efficace.

Narval contre Orque

The Atlantic explique ainsi dans une longue enquête comment l’infrastructure du Net a été mieux considérée et exploitée par l’équipe de campagne d’Obama en 2012.

Contrairement à l’épisode précédent, celle-ci est allée chercher des techniciens de réseau. Une quarantaine d’ingénieurs, de “nerds”, comme ironise le magazine américain, qui ont “bâti la technologie dont ils avaient besoin pour faire réélire le Président”. Des mecs “de Twitter, Google, Facebook, Craigslist, Quora” détaille entre autres The Atlantic, dont les portraits viennent renforcer l’imaginaire geek : grosses lunettes, barbe fournie et belle bedaine.

Autoportrait d'Harper Reed, style Obama par Obey (CC by nc nd)

Il suffit de jeter un œil au chef de cette e-brochette pour comprendre : Harper Reed, codeur binoclard à moustache rousse et ancien directeur technique de Threadless, un site de vente de tee-shirts et goodies geeks – les amateurs reconnaîtront.

“Il soutient l’open source. Aime le Japon. Dit ‘fuck’ sans arrêt. Va dans des bars de hipsters qui servent de la nourriture végétarienne mexicaine, où le quart des employés et des clients ont des moustaches. [...] Il est ce à quoi un roi des nerds pourrait ressembler”, décrit The Atlantic. Et Reed de conclure sur son site personnel qu’il est :

Probablement l’un des mecs les plus cools de la Terre

Bref, drôle d’attelage au sein du bestiaire politique. Pour un résultat pourtant édifiant : la mise en place d’un panel d’outils informatiques dont le clou du spectacle, “Narwhal” (“Narval” en français), permettait de brasser en temps réel toutes les informations disponibles sur la campagne, les votants et les bénévoles. Une plate-forme d’organisation et de communication gigantesque, mise à disposition de l’équipe d’Obama. Face à cette baleine unicorne, le camp républicain avait choisi de déployer “Orca” (“Orque” en français), car, explique The Atlantic qui cite les soutiens de Mitt Romney :

L’orque est le seul prédateur connu du narval.

Sauf que cette fois-ci, Willy n’a pas pu être sauvé : l’outil de Mitt Romney a crashé aux premières heures du jour J. Et ne faisait de toute façon pas le poids face à l’envergure de celui d’Obama.

Les mystérieuses bases de données de Mitt Romney

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Aux États-Unis, le candidat républicain joue avec des bases de données (et avec la vie privée) de millions de potentiels ...

L’équipe du Président américain a appris de ses erreurs, poursuit le magazine américain. Quatre ans auparavant, sa plate-forme s’effondrait à la manière de celle de Romney en 2012. “L’échec de 2008, entre autres besoins, a poussé la version 2012 de l’équipe d’Obama à internaliser des techniciens”, poursuit The Atlantic.

Rien n’a été laissé au hasard. Des simulations ont même été lancées pour parer au pire des scénarios susceptibles de se produire le D-Day. Plusieurs sessions intensives pendant lesquelles les nerds d’Obama tentaient d’éviter la paralysie de leurs outils de campagne en ligne, en trouvant des remèdes à une succession de pannes sortie de nulle part ailleurs que leur esprit génial.

Ils “détruisaient tout ce qu’ils avaient construit”, comme le raconte Harper Reed au magazine américain. A l’instar d’astronautes surentraînés, ils avaient une checklist pour chaque incident, le tout compilé dans un “runbook”. Ce petit jeu leur a par exemple permis de ne connaître aucun temps mort au passage de l’ouragan Sandy, fin octobre, qui a noyé bon nombre de serveurs situés sur la côte Est des États-Unis.

Les nerds d'Obama avec le boss de Google, Eric Schmidt, le jour de l'élection. YOLO ! (CC by nc nd)

YOLO

Au final, aucun cyclone ou aucune attaque extra-terrestre n’est venu perturber le cours de l’élection. Les mecs ont même eu le temps de “concocter un petit badge pour fêter ça” raconte The Atlantic. Badge reprenant la dernière expression branchée “YOLO”, “You Only Live Once” (“On n’a qu’une vie” en français) en version Obama. De quoi renforcer l’image déjà so cool du Président américain sur Internet.

Mais la plupart du temps, les techos d’Obama n’ont fait que peu d’incursions sur le terrain. IRL ou sur Internet. D’autres équipes s’occupaient à plein temps de ces champs. Il a fallu travailler avec chacune et ça n’a pas toujours été simple. Loin de là.

Les nerds ont même été à deux doigts de se prendre la porte. Équipes de terrain, politiciens et techniciens ne parvenaient pas à s’entendre, en particulier dans l’étape de réalisation des outils de campagne. Une étape pourtant cruciale. “Alors que l’équipe technique luttait pour traduire en un logiciel utilisable ce que voulaient les gens, la confiance dans l’équipe technique – déjà chancelante – continuait de s’éroder”. Et pourtant, “la campagne a produit exactement ce qu’on attendait d’elle”, conclut le journaliste de The Atlantic :

Une hybridation des désirs de chacun dans l’équipe d’Obama. Ils ont levé des centaines de millions de dollars en ligne, réalisé des progrès sans précédent dans le ciblage des électeurs, et ont tout construit jusqu’à l’infrastructure technique la plus stable de l’histoire des campagnes présidentielles.

Un ingénieur informaticien dans les bras du Président des États-Unis (cc by nc nd)

Low tech

Pour The Atlantic, le cru 2012 de la présidentielle américaine s’est donc bel et bien joué sur Internet. En 2008, commente le magazine, on pataugeait encore dans le “low tech”. “La technique d’une campagne était dominée par des gens qui se souciaient de l’aspect politique de la chose, et non de la technologie de la chose”.

[visu] En 2012, Internet n’existe pas

[visu] En 2012, Internet n’existe pas

Visualiser en un coup d’œil les propositions des candidats sur le numérique. C'est ce que OWNI vous propose en ...

Bien sûr il y avait Facebook, ou Twitter. Mais ils ne représentaient pas grand chose à l’époque. “Ce n’était pas le cœur ou même une annexe de notre stratégie”, confie Teddy Goff, “digital director” des campagnes d’Obama, à The Atlantic.

C’est une nouvelle étape dans l’intégration du Net dans la politique. Qui permet aussi de comprendre, au moins en partie, l’habile appropriation des codes du web par le Président réélu. D’une réinterprétation de mèmes aux sorties sur Twitter ou Instagram, l’équipe de Barack Obama compose avec Internet. L’intègre avec souplesse à sa communication bien huilée, au lieu de le plier aux codes traditionnels du discours politique.

À cent mille lieues de l’expérience made in France. Malgré les sempiternelles promesses d’e-révolution, les campagnes des candidats à la présidentielle n’ont pas brillé par leur fulgurance sur Internet. De l’aveu même de certains, Internet n’était alors qu’un canal de com’ supplémentaire, aux côtés de la télévision, de la presse écrite ou radio.

Il y a bien eu quelques trouvailles, mais elles restent bien maigres face au tableau général : une équipe web recrutée à 100 jours de l’échéance côté Hollande, un panzer en partie externalisé pour Sarkozy. Quelques polémiques aussi, sans oublier l’abandon, sur le fond, des thématiques numériques par les candidats. En France, l’avènement des ingénieurs informaticiens en politique n’est pas pour demain.


Illustration d’Obama par Tsevis [CC-nyncnd] et autoportrait deHarper Reed [CC-nyncnd]

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Le CNN ne fait pas de fleur http://owni.fr/2012/07/06/le-cnn-ne-fait-pas-de-fleur/ http://owni.fr/2012/07/06/le-cnn-ne-fait-pas-de-fleur/#comments Fri, 06 Jul 2012 10:42:54 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=115577

Ça n’avait pas très bien commencé. Et risque de se finir en queue de poisson : la quasi totalité du Conseil national du numérique (CNN) a annoncé hier soir sa démission. Ou presque.

PKM: “Faire du CNN un aiguillon de la politique numérique”

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Entretien avec Pierre Kosciusko-Morizet, boss de PriceMinister en charge de donner forme au Conseil national du numérique, ...

Plus diplomatiquement, les membres de cette instance consultative mise en place par Nicolas Sarkozy, ont décidé “de remettre leur mandat à la disposition du Président de la République et du gouvernement”, peut-on lire dans le communiqué officiel. Mais sur le compte Twitter de Marie-Laure Sauty de Chalon (à la tête d’Aufeminin.com), il est bel et bien question de démission.

Plus tôt dans la journée, on apprenait via Twitter que Jean-Baptiste Soufron, conseiller de Fleur Pellerin, la ministre en charge des questions numériques, s’apprêtait à migrer de Bercy au CNN. Une information d’abord démentie, puis confirmée dans un communiqué officiel : l’ancien directeur du think tank numérique Cap Digital prendra la place de secrétaire général du cénacle. Il remplace Benoit Tabaka, juriste de formation aujourd’hui lobbyiste chez Google.

Plus qu’un simple parachutage, la décision du gouvernement se double d’une “réflexion sur la gouvernance du numérique, notamment sur le rôle du Conseil National du Numérique”, peut-on lire sur le communiqué. Une “mission” précisément confiée à Jean-Baptiste Soufron. En clair, les choses vont bouger et c’est Bercy qui est à la manœuvre.

Un désir d’ingérence manifeste qui n’a visiblement pas plu aux entrepreneurs du Conseil national du numérique. Seul Gilles Babinet, son ancien président, n’a pas suivi le mouvement. Il y a quelques semaines, Bercy le nommait “digital champion auprès de la Commission européenne.” De nouvelles fonctions qui n’ont rien à voir avec sa décision, assure-t-il à La Tribune :

Je n’ai pas démissionné car il me semblait tout à fait anormal de prendre une décision aussi extrême sans même une conversation avec Fleur Pellerin.

Dès le départ, le CNN a été frappé du sceau politique. Envisagée dans le Plan France numérique 2012, l’idée a finalement été oubliée au fond d’un tiroir, avant d’être récupérée par Nicolas Sarkozy aux alentours de fin 2010. Pour finalement se concrétiser en avril 2011, sous l’égide de l’Élysée. Et dans un format allégé : circonscrit aux seuls entrepreneurs du secteur sélectionnés par le chef de l’État, le CNN a rapidement été perçu comme le “Medef du numérique”, sorte de vaisseau amiral de l’e-sarkozysme.

L’Élysée drague le numérique

L’Élysée drague le numérique

Nicolas Sarkozy a présenté ce midi le CNN, ou Conseil national du numérique, nouvelle instance de 18 sages appelée à ...

C’est peu dire que dans ces conditions, ses membres ont eu à cœur de démontrer leur indépendance tout au long de ces derniers mois. Et le départ de Nicolas Sarkozy n’y changera rien.

Une chose est sûre, les intentions du gouvernement sur le numérique semblent enfin se préciser. Jusqu’alors, l’avenir du CNN restait incertain : suppression pure et simple ou ravalement de façade ? François Hollande s’était montré peu prolixe en matière d’Internet alors qu’il était encore candidat au fauteuil présidentiel. “Aucune ligne définitive” n’était tranchée selon Fleur Pellerin, déjà responsable du dossier lors de la campagne. Mais la ministre ne cachait pas alors son intention de rompre avec le Conseil, dont elle se disait insatisfaite. Sans toutefois nier l’utilité d’une telle instance, comme elle l’indiquait sur Rue89 :

Mais dans l’absolu, je ne trouve pas idiot qu’il existe un comité d’experts.

Finalement, la rénovation semble être préférée à la destruction de fond en combles. Reste à savoir sous quelles formes le CNN renaîtra de ses cendres. Du côté du cabinet de Fleur Pellerin, on assure que la décision épidermique des actuels membres du CNN facilite la tâche de rénovation, peut-on lire dans La Tribune. Côté Conseil en revanche, on redoute que le gouvernement n’ait aucune idée de ce qu’il veut en matière de numérique. Sentiment de “gâchis”, lisible en filigrane dans la déclaration du CNN :

Le numérique est une chance pour la France, si nous savons la saisir…

Trois petits points qui en disent long.


Illustration CC FlickR rsepulveda

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Hollande Sarkozy Internet compatibles http://owni.fr/2012/04/26/hollande-sarkozy-internet-compatibles/ http://owni.fr/2012/04/26/hollande-sarkozy-internet-compatibles/#comments Thu, 26 Apr 2012 18:03:26 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=108181

“Mais au fond, qu’est-ce qui vous oppose ?” La question s’est imposée au terme d’un débat organisé aujourd’hui entre Fleur Pellerin et Nicolas Princen. À l’invitation du Collectif du numérique, groupement de 21 associations et syndicats du secteur, les e-cautions de François Hollande (pour l’une) et Nicolas Sarkozy (pour l’autre) ont défendu le programme de leur poulain sur Internet. Sans qu’apparaissent des lignes de fracture réelles.

Consensus apparent

[visu] En 2012, Internet n’existe pas

[visu] En 2012, Internet n’existe pas

Visualiser en un coup d’œil les propositions des candidats sur le numérique. C'est ce que OWNI vous propose en ...

Tout deux se sont d’abord accordés sur “l’importance du numérique” – d’usage. À les en croire, Internet “infuse dans tout le programme de François Hollande” d’un côté, tout en étant au cœur d’un “investissement personnel fort de Nicolas Sarkozy” de l’autre.

Même consensus sur le fond, dominé par des échanges portant sur l’économie, l’éducation et la formation. Favorables à la constitution d’un écosystème numérique compétitif, fondé sur le soutien aux PME (Petites et Moyennes Entreprises), Fleur Pellerin et Nicolas Princen ont également plaidé en faveur de l’enseignement d’Internet dès le lycée. “Il faut aider [les élèves] à coder et décoder cet univers” a indiqué la responsable socialiste, que son rival n’a pas cherché à contredire, ajoutant que la formation constituait le “projet central de Nicolas Sarkozy”.

Divergences

Les silences ont été les premiers révélateurs des divergences. Grande oubliée du débat, la question de la liberté sur Internet a ainsi été évacuée par l’ancien conseiller Internet de l’Élysée. Pas un mot sur le filtrage, le traité Acta ou la surveillance, quand la responsable PS a rappelé l’attachement de son parti aux questions de neutralité du réseau ou de protection des données personnelles sur Internet. Fleur Pellerin a ainsi évoqué le projet d’institution d’un “Habeas corpus numérique”, pierre angulaire du projet numérique de François Hollande.

L’intervention de Nicolas Princen n’a pas débordé le cadre fixé par le Collectif du numérique autour de “l’innovation, la compétitivité, la croissance et les emplois”. Pourtant, dans sa réponse au questionnaire adressé quelques semaines plus tôt par ce même collectif, l’équipe de Nicolas Sarkozy avait fait le choix d’aborder des sujets annexes à l’économie, telle que la sécurité sur Internet.

Soulevée par une intervention du public, la question a mené Fleur Pellerin à dénoncer la vente de technologies de surveillance “à des dictatures” par des entreprises françaises, quand Nicolas Princen s’est contenté de saluer “l’existence de champions nationaux” dans ce domaine à fort “enjeu stratégique.”

Tranchées

Il aura finalement fallu attendre la dernière question (“Mais au fond, qu’est-ce qui vous oppose ?”) pour voir les débats s’animer et les tranchées se creuser. Fleur Pellerin a fait valoir la “une vision d’Internet” différente, estimant que dans le cas de Nicolas Sarkozy, le réseau demeurait “une zone de sauvageons, de pirates et de terroristes en puissance.” “La cybercriminalité existe” a répliqué Nicolas Princen, affirmant qu’il ne fallait pas “nier” le problème du terrorisme sur Internet et tâclant sa rivale sur son manque d’expérience : “vous n’avez peut-être pas suivi l’actualité du numérique comme j’ai pu le faire ces dernières années.”

L’occasion d’évoquer l’autre grande absente du débat : Hadopi. Un sujet dont on a déjà trop parlé au détriment d’autres plus intéressants” a déploré Fleur Pellerin. “Nous n’avons toujours pas compris ce que vous vouliez faire dans ce domaine” s’est empressé de rétorquer Nicolas Princen, pointant du doigts les errements du candidat socialiste concernant le sort à donner à la Haute autorité.

Saluant la qualité du débat, certains membres du Collectif numérique ont néanmoins indiqué “rester sur leur faim” :

“Il faut que les candidats l’intègrent à leur discours. Tant qu’il n’y aura pas appropriation, cela ressemblera à une déclaration d’intention.”

Et c’est là que le bât blesse. Au-delà de la compétence et de l’enthousiasme des personnes en charge du numérique, joue aussi et surtout leur capacité à influencer les présidentiables en personne. Or François Hollande et Nicolas Sarkozy ne se sont pas positionnés sur Internet durant cette campagne. Et un intervenant de conclure : “je pense qu’on aura un Président numérique dans 40 ans.” Pas avant.


A lire sur le sujet : Partis en ligne. Les politiques attaquent Internet
Photo par Ophelia Noor pour Owni

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[visu] En 2012, Internet n’existe pas http://owni.fr/2012/04/20/visu-en-2012-internet-nexiste-pas/ http://owni.fr/2012/04/20/visu-en-2012-internet-nexiste-pas/#comments Fri, 20 Apr 2012 20:40:36 +0000 Andréa Fradin et Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=107218 OWNI vous propose en ce week-end électoral. L'occasion de faire le bilan de cette campagne pas très net. En marge des coups de com' et effets d'annonce, petites phrases gentilles sur les générations numérisées et grandes vérités sur la société de l'information, question projets et propositions, pas grand chose.]]>

Cette fois, c’était la bonne. En 2012, la campagne se jouerait sur Internet. Les politiques étaient formés. Les Français, prêts et connectés. Les équipes de communication itou. On allait voir ce qu’on allait voir !

En fait, on a rien vu. De pichrocholines polémiques en guéguerre de communication. Retour sur une campagne définitivement pas très net, comme le détaille la grande infographie au bas de cet article.

Côté com’, on a mené la danse. Les multiples conseillers et expert ès ”social media”, depuis longtemps dans les starting-blocks, ont tenu leur promesse. La presse s’est vu inondée de leurs analyses sur le rôle de Facebook ou de Twitter dans la campagne présidentielle. A grands renforts de chiffres recensant les nombre de “fans” et de “followers”, d’études comparatives et de diagrammes analytiques des “buzzs”.

Une campagne pas très net

Une campagne pas très net

Après Facebook, Twitter. Accusée ce week-end d'avoir censuré des comptes parodiant le président sortant, l'équipe de ...

L’intérêt médiatique s’est révélé si conséquent qu’il s’est même attardé sur la communication portant… sur la communication elle-même. Facebook suspecté de courir pour Nicolas Sarkozy, Twitter fermant certains comptes parodiant ce même candidat : l’e-boucle était bouclée, les équipes de campagne de chaque parti passant un temps fou à communiquer sur leurs pratiques et celles de leurs petits camarades.

Ainsi fond fond fond

Au final, du bruit sur du bruit. Qui n’a pas apporté grand chose au Net lui-même. Car sur le front du fond, le débat n’a pas été très réjouissant. Le numérique a quasiment été inexistant dans les médias généralistes. Même Libé, dans sa une consacrée aux grands dossiers oubliés de la campagne a laissé Internet sur le bord de la route.

Dans une analyse datée de ce jour, le think tank Renaissance Numérique estime qu’Internet “ne représente que 5% des contenus [...] mentionnant les candidats à la présidentielle” en ligne, ajoutant “qu’il n’est quasiment abordé que pour parler de culture ou de réseaux sociaux (80% des contenus relatifs au numérique).”

Il est vrai qu’en dehors du Net envisagé comme pur support de com’, c’est l’affrontement – ou l’étrange florette – des politiques et lobbys culturels qui ont occupé les journalistes chargés de comprendre le sacro-saint “après-Hadopi”. En dehors de ces clous, seule la pénalisation de la consultation des sites terroristes, portée par le candidat-président au sortir de l’affaire Merah, a vaguement pu atteindre les foyers français. L’occasion pour le président-candidat de rappeler son approche sécuritaire du réseau, qu’on croyait oubliée depuis l’abandon des velléités d’“Internet civilisé” et les multiples “je vous ai compris” distribuée en 2012 à l’e-public. Bref, rien de très nouveau sous le soleil et les bits.

Loin d’être en tête des fameuses “préoccupations des Français”, Internet, ou le numérique, n’est pas un investissement rentable dans une campagne électorale. Et surtout sur le fond. Le fait qu’une Eva Joly s’affiche avec l’un des gourous du logiciel libre n’a sans doute pas impacté ses intentions de vote. Et Jean-Luc Mélenchon a beau haranguer les foules à la Bastille en chevrotant “il ne sera plus jamais permis de faire Hadopi”, le candidat du Front de Gauche s’emportait facilement dès qu’il s’agissait d’entrer dans le détail.

Zone à risques

Car en plus d’être peu porteur, Internet est aussi labellisée zone à risques. Si peu d’électeurs semblent conditionner leur vote au positionnement numérique des candidats, ceux qui prêtent attention à la thématique sont exigeants. En maîtrisent la complexité : les méandres des conditions de diffusion d’une œuvre sur Internet, l’historique des dispositions législatives visant le réseau, l’avancement de la couverture haut et très haut débits en France.

Une exigence qui fait peur : la moindre déclaration est passée à la moulinette et la moindre erreur repérée, analysée, contextualisée. Une difficulté supplémentaire pour des présidentiables déjà peu acculturés au sujet, qui peut rapidement se retourner contre eux, et “faire le buzz” d’un jour ou d’une semaine sur les réseaux.

En cette fin de campagne, aucun des candidats n’incarne pleinement les aspirations d’une “communauté Internet” balbutiante en France. Leurs équipes, pourtant, ont pour la plupart fourni un travail conséquent. A droite comme à gauche : la compétence ou l’enthousiasme des exécutants n’est pas déterminée par l’appartenance politique.

OWNI a visualisé les prises de positions numériques de celles et ceux qui se présentent à votre suffrage ce dimanche. Sans prétention à l’exhaustivité, mais en mettant en avant les thématiques qui ont suscité quelques clivages. En balayant large, mais sans s’aventurer sur l’éducation ou la santé, sur lesquelles les propositions sont trop disparates et complexe pour être résumer à un simple “pour/contre”.

L’occasion de jeter un dernier coup d’œil éclairé aux propositions des candidats, dont vous trouverez le détail en survolant l’image (cliquez dessus pour la visualiser en grand format) :


Illustrations CC Loguy

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Viva la resolution http://owni.fr/2012/03/13/viva-la-resolution-front-de-gauche-internet-numerique/ http://owni.fr/2012/03/13/viva-la-resolution-front-de-gauche-internet-numerique/#comments Tue, 13 Mar 2012 14:11:22 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=101748

L’Internet socialiste

L’Internet socialiste

Nommée récemment responsable du pôle numérique de François Hollande, Fleur Pellerin connaît une arrivée agitée dans ...

Ce n’est pourtant pas faute de s’appliquer. Il y a quelques jours, le “Front de Gauche numérique”, section fondée en novembre dernier, invitait blogueurs et journalistes à discuter de “tous les sujets numériques du point de vue de la campagne présidentielle du Front de Gauche et de son candidat, Jean-Luc Mélenchon.” L’occasion, pour ses représentants Sophie Duvauchelle et Jérôme Relinger, d’annoncer dans la foulée l’ouverture d’une plate-forme collaborative visant à étayer le programme numérique du parti. Mais à l’étayer seulement : Jérôme Relinger est formel, il ne s’agit pas de combler un vide mais “d’affirmer les pistes de travail [du Front de Gauche] tout en donnant la parole à des acteurs parfois en contradiction.”

Un peu plus tôt dans la campagne, son homologue socialiste Fleur Pellerin avait subi le feu des critiques en instaurant une initiative similaire, appelant les internautes à enrichir les idées du camp Hollande sur Internet, via une adresse mail. Du côté du Front de Gauche, on ne mise pas sur une boîte aux lettres fermées, mais sur un “wiki”, site sur lequel il est possible de consulter toute contribution, et auquel n’importe qui peut participer, à l’image du célèbre Wikipedia. “Ce sera totalement libre, sans modération a priori”, poursuit Sophie Duvauchelle. Une ouverture susceptible d’être vite parasitée, “mais en cas de trolling ou de propos injurieux, on interviendra” assure la responsable du Front de Gauche.

Choix de civilisation

Au-delà des aspects formels, ce qui différencie le Front de Gauche numérique de son alter ego hollandiste est une pratique consommée du terrain. Sophie Duvauchelle est enseignante et ancienne informaticienne ; Jérôme Relinger, délégué TIC du Parti Communiste Français, traîne ses guêtres d’ingénieur dans le e-milieu depuis 1995, tentant de convertir les coco au réseau.

Une éternité à l’échelle des partis politiques, poids lourds comme Petit Poucet, qui peinent à se saisir d’Internet ailleurs qu’à la marge. Une variable qui se fait également sentir dans le discours : la réflexion sur Internet est ample, vient s’amarrer à une pensée plus globale de “la société informationnelle”, miroir d’évolutions dépassant l’unique prisme numérique. Une approche syncrétique qui tranche avec celle, plus fonctionnelle, des éléphants de la campagne, PS comme UMP, qui ont tendance à “sectorialiser” Internet.

[Dataviz] Digitale Martine vs Télématique Sarkozy

[Dataviz] Digitale Martine vs Télématique Sarkozy

OWNI a décortiqué le programme des deux principaux partis politiques français concernant le numérique. Synthèse sous ...

“Internet n’est pas un truc de geeks, il renvoie à un vrai choix de civilisation”, martèle Jérôme Relinger, “c’est une question politique qui a des conséquences politiques.” En particulier, il constitue selon lui une forme d’actualisation du capitalisme contemporain, sous forme de “capitalisme du savoir”.

Pour cette raison, le Front de Gauche numérique “défend l’idée qu’il faut instaurer un rapport de force” sur le sujet, fustigeant “l’apparence de consensus qui prédomine dans le discours ronronnant.” “Il faut choisir entre le capitalisme de la société du péage et la société du partage”, ajoute Jérôme Relinger, pour qui Internet est aujourd’hui la cible “d’un accaparement concerté pour rendre rare l’abondant, privé le public, rentable le gratuit”.

Application

Un état des lieux qui épouse parfaitement les lignes de force du Front de Gauche mais qui offre peu de prises concrètes. Rapidement, la question se pose de la conformité de la réflexion aux exigences pratiques d’un gouvernement. Interrogée sur ce point, l’équipe techno du Front de Gauche déroule doctement.

Sur les accès et le déploiement du haut et très haut débit : “Un droit, qui passe par la constitution d’un pôle public des télécoms et la mise en place de certaines obligations, comme la couverture des zones non rentables, en contrepartie des licences attribuées aux opérateurs de télécommunication.”

Pour l’éducation au réseau : “Une formation à mettre en place dès l’école et tout au long de la vie afin que l’usage d’Internet ne se résume pas à la consommation d’une boîte noire et pour faire de la France une grande puissance en matière de logiciels.”

Et sur l’Open-Data : “Toutes les données émanant d’une entité publique doivent être mises sous format copyleft. Du raccordement en fibre optique aux multiples licences prévalant dans le droit d’auteur, le vocabulaire est précis, le sujet maîtrisé.

Reste le gros morceau, auquel tout prétendant à une expertise sur Internet ne peut aujourd’hui échapper : l’après-Hadopi. Mesure phare de l’e-sarkozysme, l’institution en charge de protéger les œuvres sur Internet est également l’emblème de la “société de péage” que le Front de Gauche numérique souhaite renverser sur Internet. “Un système qui recherche la rentabilité et dont le corollaire est la surveillance : à ce titre, Hadopi n’est que le poisson-pilote d’initiatives plus larges comme Sopa et Pipa aux États-Unis  ou Acta, regrette Jérôme Relinger.

En lieu et place de la Haute autorité donc, une sorte de “Sécurité sociale” de la culture, qui passe par l’instauration d’une plate-forme publique pour la diffusion des œuvres, dont le financement reposerait notamment sur une redevance et sur des taxes matériels et publicitaires. “Pour impulser ce modèle novateur, la France doit avoir un courage politique à l’échelle européenne. Mais on a bien imposé celui de la Sécurité Sociale, non ?” lance Jérome Delinger, confiant.

“Vous voudriez que je sois candidat au ministère d’Hadopi ?”

Hadopi en sursis

Hadopi en sursis

À la faveur de l'affaire Megaupload, l'opposition entre droits d'auteur et Internet s'est installée au nombre des sujets de ...

Un courage dont le candidat du Front de Gauche ne semble pas vouloir se draper. A l’instar de la majorité des prétendants à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon ne fait pas d’Internet une priorité. Pas encore objet politique, il est davantage perçu comme un support de communication. Ce qui réussit bien au candidat d’extrême-gauche : sa webcampagne est présentée comme un franc succès, du fait notamment de la popularité de son blog ou de la web-série consacrée à ses aventures. Le tout pour la bagatelle de 100.000 euros – une broutille à l’ombre des millions consacrées au web du côté de l’UMP et du PS.

Sur le fond néanmoins, l’enthousiasme est moindre. Seul le versant culturel d’Internet apparaît dans son programme, principalement sous couvert de l’abrogation d’Hadopi. La fin de la loi Loppsi y est aussi rapidement évoquée.

En février dernier, le candidat s’était agacé suite aux questions pressantes de l’un des journalistes de l’émission Radio France Politique, portant sur l’après-Hadopi (26e minute). Exposant dans un premier temps sa préférence pour une “la licence globale”, qui a la faveur d’une partie du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est dit ouvert au débat : “moi je suis prêt à discuter de tout, sauf de la restriction de liberté.”. Pressé de donner davantage de précisions, le candidat s’était par la suite exclamé : “je ne vous dis pas que je suis le meilleur spécialiste, je me suis toujours opposé à tous ces trucs. [...] Vous voudriez que je sois candidat au ministère d’Hadopi ? [...] Vous voulez que je vous explique comment, dans quelle condition, avec quel brevet et avec quel logiciel ? Et bien je ne peux pas le faire !”

Il faut dire qu’Hadopi, et son éventuelle alternative, constituent aujourd’hui le seul point saillant de la réflexion des présidentiables sur Internet. Le seul, bien souvent, qui apparaisse dans leur programme. Au PS et à l’UMP, il est au cœur d’une lutte d’influence sanglante. Pressions, lobbying, variations idéologiques et retournement de veste : une logique classique en politique, particulièrement criante dans ce domaine. S’il est absurde d’exiger de chaque candidat qu’il sache coder les yeux fermés en récitant la biographie de Richard Stallman, la complexité du sujet et les réactions en chaîne suscitées par sa simple évocation justifient à elles seules l’insistance des journalistes à obtenir une réponse précise des candidats.

L’après-Hadopi dépasse le seul numérique. Jean-Luc Mélenchon l’a d’ailleurs bien compris : sur ce même plateau de Radio France, il assimilait la logique de l’offensive Acta à celle d’autres accords impulsés par les États-Unis pour contrôler des secteur bien éloignés Internet. Mais force est de constater que le candidat n’est pas à l’aise dans le domaine. Ce qu’il n’apprécie guère.

Work in progress

Petits partis en ligne

Petits partis en ligne

Au-delà du PS et de l'UMP, les "petits partis" se saisissent également des questions numériques. D'un simple outil de ...

Ses troupes expliquent pourtant que le Front de Gauche, “en tant que parti de transformation qui a pour ambition de changer le monde”, ne “peut pas éviter cet axe fondateur” que constitue Internet. D’autant que pour Jérôme Relinger, “le numérique sème la révolution.” Pour autant, ces mêmes responsables numériques prennent bien soin de préciser que leurs idées ne sont pas forcément celles du candidat. Comment expliquent-ils la désaffection de Jean-Luc Mélenchon ? Selon eux, les formats médiatiques traditionnels ne permettent pas de développer avec justesse une pensée d’Internet. Une idée également développée par les candidats de partis plus modestes, que nous avions rencontrés il y a quelques semaines.

L’acculturation est aussi mise en cause : work in progress ! A la manière de l’écologie, explique Jérôme Relinger, Internet peine encore à s’imposer dans le milieu politique. “Le niveau de conscience sur le sujet n’est pas plus élevée dans les partis politiques !” poursuit-il.

De la même manière qu’Internet n’est pas un sujet prioritaire pour les électeurs, il ne l’est pas non plus dans l’esprit des présidentiables. Ce qui explique le faible relais dont a bénéficié la conférence du Front de Gauche numérique, tout comme leur wiki – moins d’une centaine de personnes s’y sont inscrites.

Mais ce qui ne les empêche pas de continuer à parler d’Internet.


Illustrations et photo : David Iratu (CC-BY) et Nitot (CC-BY-NC-SA)/Flickr

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http://owni.fr/2012/03/13/viva-la-resolution-front-de-gauche-internet-numerique/feed/ 9
Hollande entreprend la culture http://owni.fr/2012/03/02/culture-hollandaise/ http://owni.fr/2012/03/02/culture-hollandaise/#comments Fri, 02 Mar 2012 09:22:17 +0000 Andréa Fradin et Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=100394 Le Monde, le candidat socialiste affirme sa proximité avec les grands entrepreneurs culturels. Et enterre toute possibilité de licence globale. Surtout, selon nos informations, cette tribune reprend des recommandations des différents lobbys de la culture.]]>

The battle for copyright (La bataille du copyright) par Christopher Dombres (cc)

François Hollande veut rassurer les auteurs. Et leurs représentants. C’est tout le sens d’une tribune publiée ce jour dans Le Monde, selon nos informations, confirmées par la direction de campagne. Avec ce message en antienne :

La gauche a toujours soutenu la création artistique et les créateurs.

Problème mineur

Si le candidat socialiste rappelle ces “principes essentiels”, c’est pour, indique-t-il, “aborder la question de la loi Hadopi qui fait débat.” A ce titre, le projet de tribune est sans ambiguïté : l’objectif est affiché dès les premières lignes. Et il consiste moins à définir le mécanisme de protection des droits d’auteurs que défend François Hollande, qui arrive bien plus tard dans le texte, qu’à assurer la communauté de la production culturelle des bonnes intentions du PS. A la manière d’un Nicolas Sarkozy à la tribune de l’e-G8, le candidat socialiste se place “dans la lignée de Beaumarchais”. Un cap, une “philosophie” qui, garantit-il, “ne changera pas” car :

La gauche soutient le droit des auteurs, tant moral que patrimonial, aujourd’hui comme hier.

L’apéritif terminé, François Hollande rentre dans le dur. Et affirme :“Je soutiendrai tous les dispositifs qui nous permettent de défendre notre culture, mais aussi notre économie : soutien à la production et à la création, gestion collective des droits, adaptation et protection de la chronologie des médias, lutte contre les contrefaçons, rémunération pour copie privée, défense des plateformes numériques innovantes.”

Et entame la partie indigeste : Hadopi. En gros, rien de nouveau : Hadopi a coûté cher, n’a pas contribué au financement de la création, soulève des questions en termes de protection de la vie privée ; critiques déjà formulées lors de sa première sortie sur le sujet en tant que candidat officiel du PS à la présidentielle, à Nantes, en janvier dernier. Le détail en revanche, est plus intéressant. Ainsi François Hollande avance qu’il “ne pense pas que la seule répression soit la réponse au problème posé.”. Ajoute que s’il ne faut pas “opposer [...] les créateurs et leur public”, “la protection des auteurs est également prioritaire”. Articulant les deux morceaux d’un “mais que les choses soient bien claires” bien senti. Et lâche un fatidique :

nous ne considérons pas le piratage comme un problème mineur. Nous soutiendrons et rendrons plus efficaces les actions judiciaires visant à tarir à la source la diffusion illégale des oeuvres protégées.

Enterrant ainsi définitivement toute éventualité de dépénalisation du téléchargement illégal. Car si la phrase vise d’abord les sites de streaming illégaux, rien n’interdit qu’elle inclue également les échanges peer-to-peer non marchands. Dont la légalisation avait été un temps envisagée, et même présentée comme un élément du programme de François Hollande par son équipe en charge de la culture, qui a depuis fait machine arrière.

Le 25 janvier dernier, Didier Mathus affirmait dans Le Nouvel Obs que “tous les dispositifs de répression de l’Hadopi [seraient] abandonnés” et que François Hollande opterait pour une licence globale en lieu et place d’Hadopi. Problème : aucun de ses points n’apparaît dans le programme paru dès le lendemain. Pire, son point 45, consacré à l’Hadopi, est par la suite modifié sous l’impulsion de la direction de campagne. “La genèse est simple : la proposition, rédigée tôt, ne collait pas avec le discours d’Hollande”, justifie une responsable à OWNI.

Hadopi en sursis

Hadopi en sursis

À la faveur de l'affaire Megaupload, l'opposition entre droits d'auteur et Internet s'est installée au nombre des sujets de ...

Visiblement, le mot “usagers” posait problème. “L’article 45 a été réécrit car le mot ‘usagers’ a pu prêter à confusion : les gens comprenaient ‘internaute’ a récemment expliqué Fleur Pellerin, responsable numérique de François Hollande, à Libération. Or un ‘usager’, c’est celui qui utilise, et en l’occurrence qui utilise les plateformes légales. Donc l’idée n’était pas du tout de dire que l’internaute va être mis à contribution ; c’était de dire que les usagers vont participer au financement de la création via les plateformes légales sur lesquels ils vont payer des œuvres ou des abonnements, ou via des plateformes gratuites financées par la publicité.”

En clair : ceci est tout sauf dela licence globale, ce mécanisme consistant d’une part à autoriser les échanges non marchands et d’autre part à financer les auteurs via un mécanisme similaire à la redevance. Un mécanisme décrié et vertement rejeté par les tenants de l’industrie culturelle. Qui ont bien fait leur boulot.

L’étrange note de Monsieur Jack

La pression des ayants-droit sur les équipes du candidat PS a pris plusieurs chemins. Une note lui a ainsi été directement envoyée par le cabinet de Jack Lang à l’Assemblée nationale. L’occasion pour l’ancien ministre de la Culture, toujours enclin à défendre ce milieu, de faire savoir son opposition frontale à toute forme de licence globale. Opposition que François Hollande semble aujourd’hui partager. Au moment de son ralliement au candidat pendant la primaire, Jack Lang avait d’ailleurs souligné la proximité de leur position respective sur Hadopi.

Les métadonnées de cette étrange note indiquent qu’elle a été rédigée par Jean Cazès, producteur de films et membre du Club européen des producteurs, un lobby de l’industrie cinématographique. Véritable charge, cette “Note à l’attention de François Hollande sur Hadopi et la licence globale” démarre sur les chapeaux de roue :

La licence globale n’est pas une solution appropriée à la piraterie des œuvres musicales, audiovisuelles, cinématographiques, et bientôt des livres.

La suite est à l’avenant. Après avoir comparé la légalisation des échanges non-commerciaux de contenus audiovisuels au fait de “donner un accès libre et gratuit aux boulangeries, ou aux fast-foods”, l’auteur rappelle l’incompatibilité de la licence globale “avec les traités internationaux dont la France est signataire, en matière de droit d’auteur”. Traités qui empêcheraient la mise en oeuvre de cette alternative à côté de laquelle “rien ne pousse, rien ne peut exister”, à tel point qu’elle provoquerait “la mort assurée de la télévision payante et du téléchargement légal”. Rien que ça.

En conclusion, il est conseillé au candidat socialiste de faire évoluer l’Hadopi, “dont l’efficacité est limitée, même si sa valeur symbolique est importante”, en affirmant “que la solution ne saurait être une licence globale”, comparée pour enfoncer le clou une dernière fois à “un danger mortel”.

Les lobbyistes à la manœuvre

Les préconisations transmises par Jack Lang à François Hollande ne déplairaient sans doute pas à Pascal Rogard, omniprésent directeur général de la puissante Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), fondée en 1777 par… Beaumarchais. “Jack Lang pense comme moi”, nous assure-t-il, avant de préciser que dans le cadre d’une présidentielle, il est normal pour une institution qui défend les droits des auteurs de rencontrer les candidats. Un lobbying assumé et détendu, pour faire pendant à ce qu’il qualifie “d’hystérie anti droit d’auteur”. Cette mission peut se mener au grand jour, comme lorsque la SACD fait parvenir une lettre à François Hollande, qui lui répond dans la foulée [PDF]. Ou lorsqu’avec la Société civile des auteurs multimédia (SCAM) elle lance un site Internet visant à promouvoir ses propositions.

Mais comme souvent, le plus intéressant se trame dans l’ombre. La révision du point 45 semble être issue de ce type de lobbying feutré. Court-circuitant Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin, les représentants des ayants droit sont allés directement frapper à la porte du directeur de campagne. Pierre Moscovici aurait entendu les arguments d’un Pascal Rogard, selon lequel “quand on autorise quelque chose en matière d’Internet, on ne s’arrête pas aux frontières de la France”. Avant même d’avoir pu émerger, le débat sur la possibilité d’une forme de licence globale ou de contribution créative est enterré.

Les représentants du disque, du cinéma et du livre ne sont pas en reste dans cette lutte d’influence auprès du candidat socialiste. Dans un article récent, Libération évoquait le lobbying actif de Florence Gastaud, déléguée générale de la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP). Plusieurs personnalité du monde de la culture ont également leur relais auprès du candidat. On se souvient de la “lettre des cinéastes” à François Hollande publiée à l’initiative du réalisateur Bertrand Tavernier.

Ces multiples tractations aboutissent donc aujourd’hui à une clarification du candidat socialiste sur la question du droit d’auteur à l’ère numérique. Rejetant toute reconnaissance des échanges non marchands, François Hollande compte mettre en place le fameux “Acte 2 de l’exception culturelle française” en mettant tous les acteurs autour d’une table. Gageons que lobbyistes des industries culturelles et défenseurs des ayants droit sauront s’y faire une place, tant en France qu’au cours d’hypothétiques “Assises européennes des industries culturelles sur Internet”, que le candidat appelle également de ses vœux.


Illustration par Christopher Dombres (CC-BY)

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http://owni.fr/2012/03/02/culture-hollandaise/feed/ 0
Une campagne pas très net http://owni.fr/2012/02/21/une-campagne-pas-tres-net/ http://owni.fr/2012/02/21/une-campagne-pas-tres-net/#comments Tue, 21 Feb 2012 19:29:10 +0000 Andréa Fradin et Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=99355

“Sarkozy : une entrée en campagne fracassante”. La manchette tapageuse du dernier Figaro week-end pourrait tout aussi bien coller au web. Depuis que celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le nom s’est officiellement déclaré candidat à sa réélection, le 15 février dernier, l’Internet français (aussi) s’est emballé. Et n’entend plus parler que de lui : Nicolas Sarkozy sur Facebook, Nicolas Sarkozy sur Twitter, Nicolas Sarkozy ad libitum. Des débuts assourdissants. Ni marrants, ni réellement emballants. Entre mini-polémiques et passes d’arme, la campagne sur le réseau rase le sol, plus proche du caniveau que de la haute expertise en matière d’interouèbe.

Flux de polémiques

Facebook aime Nicolas Sarkozy

Facebook aime Nicolas Sarkozy

Facebook est accusé par le Parti socialiste de favoriser le candidat Sarkozy en le conseillant pour sa campagne. Un coup de ...

Tout a commencé avec la vraie-fausse affaire d’État mouillant Facebook et l’Élysée. La firme américaine s’est retrouvée sous le feu socialiste, accusée d’avoir tout mis en œuvre afin que le président sortant soit le premier candidat français à lancer sa “timeline”, le chemin de vie made in Facebook, en ses temps électoraux. Si François Hollande n’a pas pâti de ce favoritisme présumé, les relations resserrées du Palais et des équipes du réseau social sont depuis longtemps avérées. Et semblent bel et bien avoir entravé la créativité d’autres prétendants au fauteuil présidentiel, tel Dominique de Villepin.

Au-delà de son aspérité formelle, le “timelinegate” révèle sur le fond l’image que les équipes de la webcampagne sarkozyste se font d’Internet et de ses usages. Aseptisée. Pas faute de s’être entouré de spécialistes : deux équipes web à l’UMP et au QG du candidat, qui compte l’ancien conseiller numérique de la présidence, Nicolas Princen. Le tout appuyé par une agence de communication digitale, emakina. Un “panzer numérique” dont l’expertise semble en décalage avec les cultures numériques.

Sur Facebook, un profil présidentiel où l’interaction se limite aux seuls “j’aime”. Commentaires persona non grata. Sur Twitter, aujourd’hui dans le viseur médiatique, un compte @NicolasSarkozy rapidement “vérifié” (une procédure fermée au grand public), qui fait l’album de campagne du candidat. Et qui simule une certaine proximité avec les internautes, en signant quelques messages “NS”, pour Nicolas Sarkozy. Y compris au beau milieu d’un déplacement à Annecy, où il aurait réussi à causer avec la Maison Blanche “via web” (autrement dit, pas sur son téléphone) entre le fromage et le dessert.

Un compte qui a aussi fait table rase des usurpateurs. En clair : tout est propre, tout est cadré. Rien ne dépasse.

Au QG de campagne, on ne se cache pas d’être intervenu sur Twitter pour faire un peu le ménage. Interrogé par OWNI, un membre de l’équipe s’empresse néanmoins d’assurer n’avoir signalé au site “que les comptes qui ont repris l’orthographe exacte de ‘Nicolas Sarkozy’ sans préciser leur contenu parodique”. “Au nom de la transparence que l’on doit aux internautes” ajoute-t-il. Drôle de conception pour un réseau foutraque comme Twitter, où les profils sérieux côtoient les plus absurdes, et où les faux comptes parodiques y poussent en paix comme des champignons.

Dans son règlement, Twitter précise intervenir si des imitations sont susceptibles “d’induire en erreur, de prêter à confusion ou de tromper autrui”, afin de se préserver de toute usurpation d’identité. Et pour peu qu’on lui signale. Mais n’en accepte a priori pas moins l’art du pastiche.

Le “mème” Sarkozy sur Facebook

Le “mème” Sarkozy sur Facebook

Nicolas Sarkozy réécrit sa vie sur Facebook. Un pur moment de communication, qui tombe à pic pour l’annonce, ...

Internet is serious business

Problème : les comptes récemment fermés par Twitter étaient soit manifestement parodiques (@_NicolasSarkozy), soit satiriques et hostiles à la politique du président sortant (@sarkocasuffit ou @mafranceforte). Au QG de Nicolas Sarkozy, on dément formellement être intervenu pour la fermeture de ces comptes. Un étrange hasard attribué à l’action de certains militants, qui auraient signalé en masse les profils incriminés via la procédure “report as spam”. “On respecte les règles du jeu, poursuit-on du côté de la rue de la Convention, la culture Internet, c’est aussi la parodie. On la joue à la régulière.”

Régulière ou pas, la fermeture de comptes ambigus atteste déjà de la communication strictement bordée du candidat Sarkozy sur Internet. Exit les autres contenus : les internautes sont soumis à l’injonction de consommer le seul flux officiel et labellisé. Et s’il s’avère que l’équipe de campagne a fait fermer des comptes anti-Sarkozy, ses velléités de contrôle s’apparenteront simplement à de la censure.

Certains n’hésitent d’ailleurs pas à employer le terme : ce week-end, le hashtag #sarkocensure a fleuri sur Twitter à la suite de la suppression de ces comptes. Les explications données par le site aux utilisateurs lésés ne faisant que renforcer les soupçons de partialité. Ainsi le propriétaire du compte @_NicolasSarkozy, créé en 2010 et pourtant décrit comme “compte parodique”, s’est vu accusé par la firme américaine de “commettre une usurpation d’identité non parodique.” Devant la levée de bouclier, il a finalement été réactivé.

Je te censure, moi non plus

Il n’en fallait pas moins pour que le PS s’engouffre dans la polémique. Dans un communiqué, une porte-parole de François Hollande a aujourd’hui dénoncé la fermeture de ces comptes, en rappelant l’attachement du candidat à “un Internet neutre”. Sans que des propositions concrètes aient encore été proposées en ce sens, la responsable numérique du PS Fleur Pellerin gardant le silence sur le sujet.

La veille, l’affaire tournait à la guéguerre entre socialistes et sarkozystes. Par articles interposés, chacun a joué au petit jeu du “je te censure, moi non plus”. Matthieu Creux, militant UMP affiché, a ainsi affirmé – pièces à l’appui – que le compte parodique @droledegauche, dont il est à l’origine, avait subi les foudres des avocats du PS en août dernier. Une action qui atteste selon lui “d’une volonté forte de la part du Parti Socialiste de vouloir faire taire l’humour politique sur Internet.” Réponse du berger à la bergère sur le site du Nouvel Obs, où l’un des responsables web de Solferino, Émile Josselin, explique que le compte @droledegauche était allé trop loin, justifiant ainsi d’entamer une démarche juridique :

D’un compte militant de droite à l’humour discutable, mais finalement de bonne guerre, on bascule soudain dans la volonté de nuire délibérée.

Ces derniers jours, c’est le “google bombing” qui monopolisait les observateurs de la campagne présidentielle sur Internet. La manœuvre, qui consiste à lier sur Google un ou des mots clés à un site Internet, a d’abord visé le candidat Hollande : l’expression “incapable de gouverner” renvoyant à son site de campagne. Puis le site de l’UMP, auquel a été lié les mots “on va tuer la France”.

Sarkozy détourné de son image

Sarkozy détourné de son image

Sitôt publiée, l'affiche de campagne de Nicolas Sarkozy a été détournée. André Gunthert, chercheur sur l'image et le ...

Il y a cinq ans, la campagne s’était illustrée par la prolifération de ce genre de coups bas sur Internet. Interrogés dans le cadre de l’enquête Partis en ligne, les responsables web de l’UMP comme du PS nous avaient assurés récuser ces pratiques. Aspirant à une plus grande profondeur, souhaitant éviter les “petites phrases” pour aller vers du contenu de qualité et une relation plus approfondie avec “les internautes”. Nous étions alors en octobre, à l’orée de la campagne. Qui a déjà de faux airs de 2007.

Et pendant ce temps-là, les internautes sont morts de rire. Dès sa mise en ligne, ils se sont emparés de l’affiche de Nicolas Sarkozy. La détournant à l’envi et se poilant en chœur, bien loin de ces bisbilles de communicants.

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http://owni.fr/2012/02/21/une-campagne-pas-tres-net/feed/ 12
Facebook aime Nicolas Sarkozy http://owni.fr/2012/02/15/nicolas-sarkozy-candidat-facebook-timeline-presidentielle/ http://owni.fr/2012/02/15/nicolas-sarkozy-candidat-facebook-timeline-presidentielle/#comments Wed, 15 Feb 2012 20:46:16 +0000 Andréa Fradin et Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=98680 Nicolas Sarkozy est en campagne. Info qui ne vous aura pas échappée tant l’artillerie lourde a (déjà) été déployée en termes de communication. Y compris sur Internet. Aujourd’hui, c’est Twitter qui en a fait les frais : en lançant son compte officiel, le président sortant a fait une razzia. Plusieurs milliers d’abonnés en quelques heures. Quelques jours plus tôt, il réécrivait son histoire sur Facebook, à l’aide d’une drôle de timeline, nouvelle façon de mettre en page un compte sur le réseau social. Petit ramdam de webcampagne qui a tourné à la grosse affaire : l’entreprise américaine est aujourd’hui suspectée de courir pour le poulain Sarkozy. Pas forcément à tort.

Une “aide technique et intellectuelle”

Le “mème” Sarkozy sur Facebook

Le “mème” Sarkozy sur Facebook

Nicolas Sarkozy réécrit sa vie sur Facebook. Un pur moment de communication, qui tombe à pic pour l’annonce, ...

A l’origine de l’accusation, le clan de François Hollande : c’est Fleur Pellerin, la responsable du pôle numérique, qui a dégainé la première. Dans un mail adressé à des représentants de Facebook France, elle juge “inacceptable” l’implication du réseau social “dans la campagne présidentielle française”, évoquant une “aide technique et intellectuelle” rendue aux équipes de Nicolas Sarkozy. Faveurs dont n’aurait pas bénéficié François Hollande.

Un échange dont le chroniqueur Frédéric Martel, proche du Parti Socialiste, s’est fait le relais dans L’Express. Dans un article publié hier, il revient longuement sur ces supposées liaisons dangereuses qu’entretiendraient l’Élysée et Facebook. Dans le viseur : Nicolas Princen, le monsieur numérique de la présidence, et Emakina, l’entreprise en charge de la communication de l’UMP sur Internet, qui aurait également raflé le contrat du candidat Sarkozy pour la campagne. Tout deux auraient bénéficié de sérieux coups de pouce de la firme américaine pour la mise en place de la fameuse timeline :

l’entreprise aurait mis à la disposition de l’Élysée ou de l’UMP des conseillers pour prendre en main les nouvelles fonctionnalités – aide dont aucun candidat à la présidentielle n’a pu bénéficier. L’équipe de Nicolas Princen à l’Élysée aurait ainsi travaillé directement avec Facebook pendant plusieurs mois pour élaborer cette Timeline.

Sarkozy attaque Internet

Sarkozy attaque Internet

Nous avons cartographié le réseau d'influence sur Internet du Président de la République - le plus puissant comparé aux ...

Cette fonctionnalité a été officiellement présentée par Facebook à un public de développeurs le 22 septembre 2011. Frédéric Martel écrit que les équipes de Nicolas Sarkozy planchaient sur le projet dès “septembre”, sous-entendant une antériorité mais sans donner plus de précisions sur la date. Une avance qui aurait donné un sacré coup de booster à la webcampagne, alors en préparation, du président sortant, dont les équipes du Parti Socialiste se plaignent de ne pas avoir bénéficié. Sans pour autant en pâtir directement.

L’équipe de la campagne web de François Hollande nous assure en effet ne pas avoir été intéressée par ce type de fonctionnalité, préférant au storytelling la mise en place d’outils de mobilisation. Par ailleurs, une telle page Facebook ne nécessite pas d’intervention particulière des équipes techniques du site. Des milliers de particuliers ont choisi faire “basculer” leur profil sur cette mise en page depuis décembre. “L’affaire” est donc moins une question de préjudice avéré que de principe ; rien ne dit que Facebook n’aurait pas tout autant aidé au développement d’une timeline pour le candidat socialiste. Si la polémique semble quelque peu montée en épingle, les accointances entre le Palais et une partie des équipes de Facebook France sont bien réelles.

Palo Alto et Sarko sont dans un bateau

S’il les dément officiellement, Nicolas Princen se vanterait en coulisse d’avoir d’excellentes relations avec Palo Alto, siège du réseau social. Qui pèseraient déjà pour 2012. Il est également très proche de Julien Codorniou, directeur des partenariats de la firme en France. Contactés par OWNI, les deux jeunes hommes gardent le silence, Julien Codorniou se contentant de renvoyer vers le cabinet de lobbying Apco, qui gère la communication de Facebook France, et assure “partager les mêmes informations avec toutes les personnalités publiques qui souhaitent utiliser Facebook [...]. En toute impartialité.” En interne, en revanche, la situation fait grincer des dents. Et les informations du PS ne sont pas forcément démenties.
Rien ne semble néanmoins engagé pour tirer ces relations au clair. L’affaire n’est pourtant pas anodine : le code électoral français interdit à “une personne morale de droit étranger” de fournir à un candidat “des contributions ou aides matérielles.”

Partis… en quelques lignes

Partis… en quelques lignes

Découvrez les bonnes feuilles de "Partis en ligne", l'eBook d'enquête sur les dessous et les enjeux numériques de la ...

En novembre 2010, Facebook serait déjà intervenu en faveur de Nicolas Sarkozy, (voir notre enquête Partis en ligne). A la demande de l’entrepreneur Jean-Baptiste Descroix-Vernier, membre du Conseil National du numérique institué en avril dernier par la Présidence, le site aurait supprimé des contenus, dont certains auraient été jugés particulièrement graves.

Coïncidences troublantes

Si le Parti Socialiste n’a pas directement fait les frais de ce favoritisme supposé, d’autres partis, en revanche, évoquent des coïncidences troublantes.

L’entourage de Dominique de Villepin en particulier nous informe avoir voulu utiliser la fonction timeline dès janvier. Impossible, le profil ayant été bloqué au motif de soupçons d’usurpation d’identité. Envoi d’une copie de la carte d’identité du candidat, mail aux équipes américaines : les démarches répétées de l’équipe de République solidaire n’y feront rien. Le 11 février, Nicolas Sarkozy est le premier homme politique français à utiliser la timeline. Une demie-heure plus tard, le profil de Dominique de Villepin est débloqué. En cause : Anne-Sophie Bordry, lobbyiste France et Europe du Sud de Facebook, qui aurait tardé à donner suite aux sollicitations. Personnalité d’autant plus suspecte qu’elle est passée par les cabinets d’Eric Besson et de Nathalie Kosciusko-Morizet, au temps du Secrétariat d’État à l’Économie numérique, de 2008 à 2010. Réaction laconique de l’intéressée, contactée par OWNI : “tout le monde est traité de la même manière”.

Ce que réfutent d’autres équipes de campagne. Celle de François Bayrou explique que malgré plusieurs rencontres avec Facebook France, elle n’a bénéficié d’aucun conseil visant à la mise en place de la fameuse timeline. Quant au directeur de la communication de Jean-Luc Mélenchon, Arnauld Champremier-Trigano, il ironise sur son profil Facebook : “Je précise à la direction de Facebook que je suis joignable sur mon inbox pour leurs offres de service”.

Au Parti Socialiste, on insiste :

On est assez troublé de la manière dont ça s’est passé et on s’attend à ce que Facebook France s’explique.

Avant de conclure :

Le combat va être rude, et à tous les niveaux.

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Hadopi en sursis http://owni.fr/2012/02/03/le-flou-de-lapres-hadopi/ http://owni.fr/2012/02/03/le-flou-de-lapres-hadopi/#comments Fri, 03 Feb 2012 18:49:50 +0000 Andréa Fradin et Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=97094

Après avoir prononcé les mots fatidiques de “suppression d’Hadopi” devant un parterre de journalistes réunis aux Biennales internationales du spectacle (BIS) de Nantes, nous pensions que François Hollande s’était enfin décidé sur le sort à réserver à la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) en cas de victoire socialiste en mai prochain.

Finis les tergiversations et les rétropédalages, bye-bye les “je veux une suppression mais en fait non”. Sauf qu’il n’en est rien. Si le candidat PS entend tourner la page de l’Hadopi, sa mise en oeuvre demeure des plus opaques. Et reste au cœur d’un bras de fer sans merci entre les pôles culture et Internet de l’équipe de François Hollande.

Changement de programme

Le point 45 du programme n’y change rien : on a beau le retourner dans tous les sens, il donne peu de détails sur l’orientation souhaitée.

Je remplacerai la loi Hadopi par une grande loi signant l’acte 2 de l’exception culturelle française, qui conciliera la défense des droits des créateurs et un accès aux œuvres par internet facilité et sécurisé. La lutte contre la contrefaçon commerciale sera accrue en amont, pour faire respecter le droit d’auteur et développer les offres en ligne. Les auteurs seront rémunérés en fonction du nombre d’accès à leurs œuvres grâce à un financement reposant sur les acteurs économiques qui profitent de la circulation numérique des oeuvres.

L’explication de texte n’apporte pas davantage. “L’acte 2 de l’exception culturelle française” ? “C’est remettre la culture dans les priorités des politiques publiques en organisant dans un premier temps des Etats généraux de la culture à l’ère numérique” nous indique Aurélie Filipetti, chargée de la Culture dans l’équipe de François Hollande. Rémunération des auteurs en fonction de la consultation de leurs oeuvres ? “L’une des idées est de mettre en place un portail qui n’est pas la licence globale mais un modèle beaucoup plus fin et complet”. Limpide.

Le trac électoral de l’Hadopi

Le trac électoral de l’Hadopi

2012 se fera avec la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), c'est ...

Mis à contribution dans une première version publique du programme, les usagers se retrouvent finalement exclu du dispositif. Le point 45 a en effet été soumis à un toilettage de dernière minute, repéré par la secrétaire nationale de l’UMP en charge du numérique, Laure de la Raudière. Reposant d’abord “sur les usagers et sur tous les acteurs de l’économie numérique”, le financement des auteurs puise au final au seul puits des industriels du numérique : fournisseurs d’accès à Internet, constructeurs de logiciels et entreprises comme Apple ou Google. C’est d’ailleurs l’unique point qui semble faire consensus dans les rangs hollandistes, et ce malgré les atermoiements des professionnels du secteur (une tribune aujourd’hui inaccessible sur Le Monde).

La suppression de la contribution financière des usagers vient enterrer les velléités de licence globale. Et porte un sacré coup aux positions du pôle Culture de François Hollande.

L’équipe a pourtant tenté le passage en force. L’un de ses lieutenants, Didier Mathus, confiait au NouvelObs que François Hollande penchait en faveur de la licence globale, la veille même de la présentation officielle de son programme. Assurant que dépénalisation des échanges privés (en peer-to-peer) et contribution financière des internautes, piliers du dispositif de licence globale, seraient les deux mamelles de la politique culturelle du candidat socialiste sur Internet. Sauf que rien n’indiquait une telle orientation dans son programme présenté le lendemain. Pire : face à la levée de boucliers des ayant droits, le clan Culture s’est lui-même désavoué. Dans une interview à La Tribune, Aurélie Filippetti a clairement nié vouloir mettre en place la licence globale, précisant qu’un tel dispositif ne concernerait que les seuls étudiants. Sans plus de précision.

Il n’en fallait pas davantage pour que la responsable numérique de François Hollande, Fleur Pellerin, porte l’estocade à sa rivale. Non pas sur la contribution financière, mais sur le second volet de la licence globale : la légalisation des échanges hors marchand. En déplacement au grand raout de l’industrie de la musique, le Marché international du disque et de l’édition musicale (Midem), elle a affirmé lundi :

Il n’y aura pas de légalisation des échanges illicites.

Une façon de satisfaire aux attentes de ses interlocuteurs du moment tout en s’affirmant face à l’entourage d’Aurélie Filippetti. Enième prise de bec entre les deux femmes, qui s’étaient opposées dès leur nomination. La responsable culture avait alors déclaré“sur Hadopi, c’est moi”, après que Fleur Pellerin se soit exprimée sur le sujet.

Martin Rogard est le fils de Pascal Rogard. Il est Directeur France du site Dailymotion

Les représentants des ayants droit ont su mettre à profit la division entre les deux chargées de pôles socialistes. Une stratégie payante pour ces farouches opposants à la licence globale. L’inévitable patron de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), Pascal Rogard, n’y est pas étranger. Présent aux voeux du Conseil national du numérique, qui réunissait le gratin du secteur, le vieux briscard, tapotant sur l’épaule d’un collaborateur de Fleur Pellerin, se réjouissait:

Tu es du bon côté de la force.

D’une lettre ouverte à François Hollande accompagnée d’une menace de pétition à un lobbying plus discret mais non moins efficace de la part des défenseurs du droit d’auteur, les réseaux jouent à plein. La responsable du pôle culture se rassure :

C’est un accouchement très douloureux, mais dans nos consultations, personne ne me dit que Hadopi suffit.

Et Aurélie Filippetti de constater :

Le péché originel, c’est d’avoir opposé les artistes à leur public. On est totalement à front renversé : ce sont les intermédiaires qui disent défendre les auteurs face à leur public.

Pas de contribution des usagers, pas de dépénalisation des échanges en peer-to-peer : tel est l’état des lieux du moment. Mais rien n’exclue un ultime revirement du candidat socialiste, qui semble aujourd’hui perméable aux fortes pressions des tenants du statu quo. Hadopi ou pas.

L’UMP aussi

Une indécision sur fond de crêpage de chignon qui fait les choux gras de la majorité. A l’occasion de ses traditionnels voeux à la Culture, Nicolas Sarkozy s’est engouffré dans la brèche en se disant “sidéré” par les positions de François Hollande. Idem pour l’UMP, qui s’est fendu d’une vidéo raillant les oscillations de son adversaire socialiste sur la question Hadopi. En charge de la communication au sein du parti, Frank Riester mitraille : “c’est dingue ! Dix ans d’opposition, cinq ans qu’on parle d’Hadopi et ils n’ont pas réfléchi à un dispositif pour financer la culture sur Internet ! Il n’y a aucune solution alternative !”. “Nous sommes très clairs de notre côté : nous poursuivrons la lutte contre la contrefaçon et nous assurerons une pédagogie pour changer les comportements et développer l’offre légale.” assure l’ancien rapporteur des lois Hadopi, également en charge des industries culturelles à l’UMP.

Sarkozy attaque Internet

Sarkozy attaque Internet

Nous avons cartographié le réseau d'influence sur Internet du Président de la République - le plus puissant comparé aux ...

Sauf que la majorité s’arrache aussi les cheveux sur Hadopi. Les dissensions du PS ne sont pas si éloignées de celles rencontrées à l’UMP : là aussi, ce sujet complexe et frontalier oppose tenants de la Culture et du monde numérique (voir notre app sur le sujet : “Sarkozy à l’attaque d’Internet”). En octobre dernier, la secrétaire nationale du parti en charge du numérique Laure de la Raudière s’opposait frontalement et publiquement à la proposition 40 du programme Culture de l’UMP [PDF], qui appelait à “faire contribuer les FAI au financement des industries de contenu autre que le cinéma.”

Dernièrement, c’est la véhémence du communiqué présidentiel réagissant à l’affaire Megaupload qui inquiète. Nicolas Sarkozy y faisait peu de cas du réseau, et de la manière de l’appréhender en cas d’atteinte aux droits d’auteur. Olivier Henrard, cheville ouvrière de la culture à l’Élysée et instigateur d’Hadopi, est formel : “la Culture est haut placée dans l’échelle de valeurs du Président.” De quoi agacer les représentants des intérêts numériques, qui redoutent l’emprise du conseiller sur le Palais. La perspective d’un “Hadopi 3”, aussi défendue par le chef de l’Etat, laisse songeuse une partie de la majorité.

Appelé à en préciser les contours, Franck Riester botte en touche : “c’est le Président qui, quand il se déclarera candidat, dira ce qu’il entend faire en ce qui concerne l’évolution d’Hadopi. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il ne lâchera rien.”

Le clin d’oeil aux industries culturelles saura être apprécié. Pour autant, leurs lobbyistes ne facilitent pas le jeu de la majorité. Et en demandent toujours davantage. Hier, la SACD accentuait la pression en ouvrant un site Internet, Culture2012.org, pour pousser publiquement son agenda. Son “commandement n°1″ projette d’intégrer “le numérique et la société de l’information dans les prérogatives du ministère de la Culture et de la Communication”. Une proposition qui met Franck Riester mal à l’aise : “je ne suis pas clairement positionné là-dessus”, nous a-t-il confié. “Je suis assez favorable à une vision transversale, interministérielle. Choisir de rattacher le numérique à Bercy ou à la Culture, c’est déjà choisir son camp.”


Illustration et couverture par Marion Boucharlat pour Owni.fr

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Ce butin protégé, le Château s’est mis à écouter les plaintes du peuple des dunes de l’Industrie. Délaissé un temps, ce territoire s’est progressivement révélé prodigue ; le Président attentif lui a donné un cénacle, le Conseil national du numérique (CNN), qui l’informe des desiderata des colons du numérique. Émissaire de choix, Jean-Baptiste Descroix-Vernier a oeuvré dans l’ombre à son instauration. Et n’a pas hésité à protéger le Prince des malandrins sévissant sur le réseau. Au Palais, un jeune pèlerin a pris du galon. De webmaster élyséen, Nicolas Princen est monté en grade : il est depuis mars 2011 “conseiller technique”, officieusement rattaché aux problématiques propres au Net. Il vient combler le vide laissé par Frank Supplisson, conseiller technique NTIC évacué de l’Elysée en avril 2008, qui sévit aujourd’hui sous l’étendard du ministre de l’Industrie Eric Besson. Sorti des tiroirs de Bercy pour atterrir dans le giron élyséen, le CNN est à la fois piloté par Nicolas Princen et le cabinet Besson. A l’Elysée le symbole, à l’Industrie la besogne.

La peuplade industrielle a eu son totem. Mais ce don n’est pas un désaveu du Comté de la Culture. Loin d’être laissées en friche, ses exploitations sont cajolées. En cette fin de mandat, Nicolas Sarkozy en a même appelé à une “collaboration judiciaire et policière active entre États” pour mieux les protéger. C’est dire.

La fin du quinquennat numérique approchant, d’autres lieutenants se font le relais politique de cette bienveillance culturo-sarkozyste. Sur les Plages du Parti, Franck Riester assure la diffusion de la bonne parole. Secrétaire national de l’UMP en charge de la communication, rapporteur en son temps des lois Hadopi, il gère les affaires culturelles. Et tente de se glisser dans le costume du Monsieur Net au parti majoritaire. Une place disputée par une autre responsable UMP, plus discrète, Laure de la Raudière. Secrétaire nationale en charge cette fois du numérique, l’ingénieur télécom tente de se faire une place au soleil, à grand renfort de rapports (sur la neutralité des réseaux, sur le très haut débit) et d’expertise. Mais le sérieux ne fait pas tout et la garde Culturelle du Palais dispose encore d’une place de choix à la droite du grand Manitou.

Sur cet isolat, où chacun tente de s’attirer les bonnes grâces du Château, le bon peuple du réseau  se fait rarement entendre. Au renouvellement du bail présidentiel de lui donner un porte-voix.

Et aux internautes de préparer le débarquement pour se réapproprier leur lande.


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Design de l’application par François Prosper et Karen Bastien [WeDoData] pour OWNI.FR
Contenu éditorial par Andréa Fradin, Guillaume Ledit et Olivier Tesquet
Couverture de Une à partir des travaux de François Prosper et remixée par la team design d’Owni

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