OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’Espagne lève le voile de l’information http://owni.fr/2012/04/10/l%e2%80%99espagne-leve-le-voile-de-linformation/ http://owni.fr/2012/04/10/l%e2%80%99espagne-leve-le-voile-de-linformation/#comments Tue, 10 Apr 2012 13:26:01 +0000 Emmanuel Haddad http://owni.fr/?p=105055

Les pouvoirs publics faciliteront, de préférence par des moyens électroniques, l’information dont la divulgation s’avère d’importance majeure pour garantir la transparence de leur activité, en tenant compte des limites présentées dans cette loi.

Huit ans qu’ils l’attendaient ! Huit longues années à mendier la concrétisation d’une promesse électorale du socialiste José Luis Zapatero, une première fois en 2004, puis réitérée en 2008, après sa réélection comme président du gouvernement espagnol… En vain. Jusqu’à ce Conseil des ministres du 23 mars, où le gouvernement conservateur dirigé par Mariano Rajoy a annoncé que l’avant-projet de loi sur la transparence serait mis en œuvre.

Cancre européen

C’est le soulagement dans les rangs de ceux qui ont soutenu ce projet, comme Jesús Lizcano, professeur d’économie financière à l’université autonome de Madrid et président de Transparency International en Espagne :

Mieux vaut tard que jamais. C’est absolument nécessaire pour améliorer la qualité de notre démocratie et la participation citoyenne… Et pour nous élever au niveau de nos voisins.

Car l’Espagne était le dernier pays d’Europe de plus d’un million d’habitants à ne pas disposer de loi sur la transparence. Reste Chypre, Malte et le Luxembourg. De quoi faire dire à un journaliste d’El Pais :

Le manque de transparence semble être quelque chose d’instauré dans la culture politique espagnole.

Les militants du droit d’accès des citoyens à l’information publique voient leurs efforts récompensés. Victoria Anderica, coordinatrice de la campagne d’Access Info Europe, une des entités pionnières de la coalition raconte :

En 2006, il y avait sept organisations dans la Coalición Pro Acceso [Coalition Pro Accès, ndlr]. Aujourd’hui, on compte 56 membres qui demandent une loi d’accès à l’information publique, parmi lesquels Access Info Europe, Amnistie International ou Ecologistas en Accion.

Six années de silence administratif et de promesses non tenues. “En 2010, nous avons fait une expérimentation, la campagne des 100 questions pour mesurer le niveau de transparence des administrations”, poursuit-elle. Les requêtes ne sont pas anodines : le nombre de soldats tués en Irak et en Afghanistan, les dépenses de la Présidence de l’UE ou de la candidature de Madrid aux JO 2016, ou encore les déplacements à l’étranger du maire de la capitale. Chaque fois, la même réponse qui ne vient pas : silence administratif. Victoria a calculé :

Au total, 50% de nos demandes ne reçoivent pas de réponse et parmi les réponses, seules 20% sont recevables.

Malgré les défauts du projet, l’important est d’aller de l’avant. Jesús Lizcano se montre optimiste :

Je pense, comme beaucoup d’observateurs, que le projet de loi ne met pas en place les instruments nécessaires pour instaurer une vraie transparence. Au niveau de la bonne gouvernance par contre, les progrès sont notables. Nous pouvons améliorer ce projet de loi grâce à la consultation publique.

Car l’Espagne a beau avoir du retard, elle tient à se placer à “l’avant-garde mondiale”, martèle-t-on au gouvernement. Les citoyens peuvent donc envoyer leurs propositions au législateur pendant quinze jours, lequel les prendra en compte pour le texte de loi final. Promet-on.

Droit à savoir

Les citoyens espagnols ont du pain sur la planche, tant les lacunes demeurent. Une pétition en ligne vient même d’être lancée pour obliger le gouvernement à proposer une nouvelle loi plus aboutie. Victoria est rebutée par les nombreuses exceptions prévues :

La Coalition Pro Accès propose dix principes minimum pour garantir le droit à l’information publique et le projet est loin de les inclure. En particulier le droit à l’information publique n’est pas défini comme un droit fondamental et il n’y a pas d’organe indépendant pour le défendre.

L’Agence espagnole de protection des données devient d’un coup de baguette magique l’Agence espagnole de protection des données et d’accès à l’information. C’est elle qui répondra aux réclamations. Le projet de loi [pdf] prévoit que :

En cas d’absence de résolution au bout de deux mois, la réclamation sera considérée comme rejetée.

Le directeur de l’actuelle Agence de protection des données, dite indépendante, est nommé par le gouvernement sur conseil du ministre de la Justice [pdf]. Le président de Transparency International en Espagne prévient :

Seul le Parlement peut refuser cette nomination à la majorité absolue. Ce qui est impossible actuellement. La politisation du projet est donc une entrave à la transparence. Mais ce n’est pas la seule. Au sein de l’administration, les fonctionnaires ont l’impression de trahir leurs supérieurs en livrant une information au citoyen, d’où cette inertie qui domine. Dorénavant, ils vont devoir changer pour respecter la loi.

La formation des fonctionnaires sera un des deux défis pour faire de cette loi un succès. L’autre tient à l’envie des citoyens de s’informer. Là-dessus, tous les yeux sont tournés vers le Royaume-Uni, pionnier de l’open governement en Europe. La plateforme whatdotheyknow a beaucoup inspiré tuderechoasaber (“ton droit à savoir”, ndlr), un outil créé par les membres de la Coalición Pro Acceso pour que les citoyens puissent exercer leur droit à l’information de la manière la plus simple et rapide possible.

Contre l’opacité, le journalisme de données

Tout reste à faire et l’optimisme de Jesús Lizcano, combiné aux initiatives de la coalition des militants du droit à l’information fera peut-être taire les critiques. Reste un regret. Que l’accent soit porté sur le code de bonne gouvernance est un moyen d’insuffler la crédibilité dont l’Espagne, réputée pour la corruption de sa classe politique, a besoin sur les marchés. Le gouvernement instrumentalise en effet cette loi pour plaire à Bruxelles, inquiet de voir la dette publique espagnole à son plus haut niveau depuis 22 ans, et culpabiliser le PSOE d’avoir truqué les chiffres du déficit en quittant le pouvoir.

Mais vu de l’intérieur, on craint un effet d’annonce. C’est ce qui s’est passé avec la loi de 2006 sur l’accès à l’information sur l’environnement. Malgré l’obligation administrative de livrer toute information environnementale, l’ONG Oceana a attendu cinq ans avant de recevoir le rapport de l’Institut Espagnol d’Océanographie révélant la pollution au mercure de plusieurs espèces de poissons, de l’espadon au thon rouge en passant par le requin.

Pour éviter qu’un tel silence ne se reproduise, Victoria a une recette à l’accent indigné :

Ne pas avoir peur du paternalisme de l’État espagnol, qui pense trop souvent que les citoyens ne sont pas capables de manier l’information qui les concerne.

En ajoutant, en guise de première pierre, à la naissance de la Loi sur la transparence celle d’un premier groupe de journalisme de données.

Photos CC Flickr Attribution ‘Playingwithbrushes’ et Attribution jenny downing

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Hacktivisme contre la Hadopi espagnole http://owni.fr/2012/02/28/hacktivisme-contre-la-hadopi-espagnole/ http://owni.fr/2012/02/28/hacktivisme-contre-la-hadopi-espagnole/#comments Tue, 28 Feb 2012 15:15:16 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=99647

Le nouveau ministre de la culture, José Ignacio Wert, successeur Angel Gonzales-Sinde

Pourrir la Ley Sinde, la Hadopi espagnole, dès sa mise en œuvre le 1er mars, en pointant ses failles : l’objectif de l’”opération Wert de Enlaces” (#opwert sur Twitter) initiée par le réseau hacktivistas est clair. Cette opération doit son nom à un jeu de mots jouant sur la similitude sonore entre Web de Enlaces, qui signifie lien Internet en espagnol, et le nom du ministre de l’Éducation, de la culture et des sports, José Ignacio Wert. Ce dernier est en effet à la manœuvre pour promouvoir la nouvelle loi.

Le principe, simple, reprend celui de l’effet Barbara Streisand. La chanteuse avait attaqué des photographes pour empêcher la diffusion de clichés de sa maison et s’était retrouvée avec des quantités de copies en circulation sur le Net. Cette fois-ci, les opposants sont invités à mettre un lien vers une œuvre diffusée de façon illégale :

Nous avons choisi une œuvre copyrightée© de la SGAE [principale société de gestion des droits d'auteurs en Espagne]. Pour participer, il suffit de faire un lien sur votre blog ou de l’utiliser sans la permission, et d’autoriser à être dénoncé par l’auteur à la commission du ministre de la Culture en charge de l’application de la loi. À partir du 1er mars, l’auteur  dénoncera tous les sites qui ont fait un lien vers son œuvre :)

Faites passer le mot afin que l’impact soit maximal. Pour participer, vous n’avez qu’à aller sur http://www.wertdeenlaces.net et remplir le formulaire où vous vous accuserez d’avoir fait circuler une œuvre protégée sans l’autorisation. L’auteur de l’œuvre l’utilisera pour porter l’affaire devant la commission. [source]

On trouve aussi un petit code à intégrer sur son site, qui reprend le visuel de l’opération : une bouche rouge avec “Bajamé” (“téléchargez-moi”) et un lien vers la chanson en question.

Manifeste « en défense des droits fondamentaux sur Internet »

Manifeste « en défense des droits fondamentaux sur Internet »

Publié il y a deux ans, ce texte avait été écrit en réaction à la ley Sinde. Cette loi jugée liberticide par des ...

Ce cadeau de naissance est un épisode de plus dans la lutte menée par la société civile contre cette loi initialement porté par le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero, plus précisément par la ministre de la Culture Angeles González-Sinde, dans le cadre de la loi pour l’économie durable.

En décembre 2009 déjà, un manifeste est rédigé dans l’urgence, contribuant à disséminer le vent d’opposition. La principale crainte exprimée concerne la création d’une autorité administrative ayant le pouvoir de demander le retrait de contenus. En cas d’absence de réponse, cette commission peut se tourner vers la justice.

Dans un premier temps, l’opposition citoyenne est efficace :  le Congrès rejette la Ley Sinde en décembre 2010, avec le soutien du principal parti d’opposition de l’époque, le Parti Populaire (PP).  En 2011,  la Le fait de nouveau son apparition, hors du cadre initial de la loi pour l’économie durable et avec des modifications. La polémique et la colère enflent quand des câbles diplomatiques fuités par WikiLeaks révèlent que les États-Unis ont fait pression pour la mise en place de cette législation. Le gouvernement Zapatero sautera avant qu’elle ne soit adoptée, en novembre dernier. Le PP, de retour, ne trainera pas à la finaliser.

Potache en apparence

L’objectif de l’opération est triple, comme nous l’expose Lord Epsylon, un des membres d’Hacktivistas :

Remettre la loi au centre du débat public.
Montrer que leurs intérêts sont lucratifs.
Saturer les tribunaux avec des demandes en masse.

Espagne Labs: inventer la démocratie du futur

Espagne Labs: inventer la démocratie du futur

Des assemblées numériques reliées entre elles, un réseau social alternatif, des outils open source et des licences libres ...

L’Espagne est en pleine crise économique, et les libertés numériques ne sont plus un enjeu de premier plan. “Le pays est dans un état de convulsion en ce moment, déplore Lord Epsylon. D’un point de vue macro, ce n’est pas la préoccupation principale. Mais en ce qui concerne l’éducation, la culture, la défense, oui, car la commission pourra fermer des sites sous le prétexte du copyright. Nous savons qu’après, cette possibilité sera utilisée pour fermer des sites ’subversifs’. Vous savez, 1984.”

Récemment, les Anonymous ont hacké l’attention médiatique à propos de la Ley Sinde lors de la cérémonie des Goya, les César espagnols, à coup d’attaque DDoS et en montant sur scène. Mais Wert de Enlaces, sous ses allures potaches, porte le fer dans la plaie juridique,  comme l’explique Francisco George, un des auteurs du manifeste et membre du Parti pirate espagnol, le seul qui participe à l’action :

Il s’agit de tester les véritables raisons de la mise en place de la Ley Sinde. S’agit-il de la protection du droit d’auteur, comme ils le disent, ou des droits de diffusion et de reproduction, détenus souvent par des majors ? Nous verrons s’ils admettent qu’un auteur puisse porter plainte. Si elle accepte, de quelle manière va-t-elle agir ? La loi est très vague, elle ne prévoit pas à partir de combien de liens la commission peut demander la fermeture d’un site. Auront-ils le culot de demander la fermeture du site d’un parti politique ? Elle introduit aussi la notion de “dommage patrimonial”, là encore très floue.

“La commission pose aussi question, on ne sait pas si des gens sont déjà nommés d’une part. Prendra-t-elle aussi le risque de commettre un délit de prévarication ? La Ley Sinde va déjà à l’encontre de deux décisions récentes de la Cour de justice européenne, Sabam, l’équivalent de la Sacem belge, contre le FAI Scarletet Sabam contre le réseau social Netlog.

Récemment, les juges ont aussi relaxé Sinetube, un site de liens de téléchargement de films en direct download”.

Forcément vainqueur

Lord Epsylon pense qu’Hacktivistas ne peut que sortir vainqueur de l’opération car un des objectifs au moins sera atteint :

Si la commission ne prend pas au sérieux notre demande de jugements en masse, nous montrons aux gens que cette loi est tournée contre leurs cibles, sans jugement, ce qui est anticonstitutionnel.

Si la commission entame un procès contre nous, nous gagnons encore car nous verrons comment la loi marche dans le détail – nous avons un avocat très sympa prêt à travailler là-dessus – ;  nous donnerons du temps à la communauté pour se préparer. On épuisera leurs ressources avec une demande de masse.

Une opération habile. Il faut dire qu’Hacktivistas a déjà un long passif sur le sujet. Le groupe a ainsi lancé entre autres opérations un Manuel de désobéissance à la Ley Sinde, la liste de Sinde et Sindegate (lien mort).

Pour l’heure, il n’y a pas eu de réaction officielle, le gouvernement étant trop occupé avec le scandale de corruption qui touche le gendre du roi, selon Lord Epsylon. Mais l’opération est bien arrivée dans le collimateur. “Nous avons un historique des visiteurs, la SGAE, le ministère de la Culture, la police en font partie, donc ils savent, et nous savons qu’ils savent”, s’amuse le hacker.

Côté média, l’intérêt est pour l’instant timide aussi. Le quotidien de centre-gauche Publico a interrogé Enrique Dans, professeur spécialiste des systèmes d’information et un des auteurs du manifeste. Il y dénonce de nouveau une aberration juridique ne respectant pas le principe de séparation des pouvoirs, d’autant plus inepte qu’il est désormais connu que c’est un fruit du lobbying américain et que des lois similaires comme Sopa et Pipa aux États-Unis doivent faire marche arrière. Logiquement, Enrique Dans a relayé Wert de enlaces sur son blog.

Lord Epsylon espère que l’opération décollera le 1er mars. En attendant, l’info circule de mailing list en réseaux sociaux. Ce mardi, soit une semaine après que la campagne a commencé, plus de 200 sites s’étaient accusés et la chanson avait été téléchargée plus de  12 500 fois.

Deux recours

Mais le test pourrait être repoussé : deux recours ont été déposés ce mois-ci pour demander la suspension en attendant que le tribunal décide de la légalité. L’un d’une association d’internautes, l’autre par des  regroupements d’entreprises du numérique, représentant 500 entreprises parmi lesquelles Telefónica et El Corte Inglés, la plus grosse chaîne de grands magasins d’Espagne. Comme pour Sopa et Pipa, combattus par Google, Yahoo et Twitter entre autres , ce secteur fait à son tour pression, non pas amour pour les libertés numériques mais pour défendre ses intérêts sonnants et trébuchants.


Dessin du ministre de la culture Wert sur le site Hacktivistas.net

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Tweet démocratie andalouse http://owni.fr/2011/11/23/twitte-democratie-andalouse-espagne/ http://owni.fr/2011/11/23/twitte-democratie-andalouse-espagne/#comments Wed, 23 Nov 2011 08:37:16 +0000 Pierre Boisson et Léa Gauthier (The Ground) http://owni.fr/?p=87738 Ce reportage a été initialement publié sur The Ground, web-magazine centré sur le reportage.


Un petit village de 4000 habitants perdu au milieu de la campagne andalouse, des jeunes qui fument des joints et qui se tatouent des araignées sur le torse : en dépit des apparences, Jun a 15 ans d’avance sur tout le monde. Reportage dans la ville où l’avenir de la démocratie se construit sur twitter, à l’heure des élections générales espagnoles et de la crise.

“Vous savez, dans le village, en ce moment précis, tout le monde sait déjà que vous êtes ici avec moi.” Calé entre son iMac 24 pouces, un écran plasma scotché au mur et un drapeau avec un slogan codé en binaire, le maire José Antonio Rodriguez Salas nous offre un accueil orwellien à Jun. Mairie verrouillée par une serrure à reconnaissance digitale, maisons robotiques intelligentes et lotissements auto-suffisants : cette petite ville de la banlieue de Grenade, perdue sur les contreforts de la Sierra Nevada, est un livre d’anticipation à elle seule. A l’heure des élections générales espagnoles, son maire, que Romano Prodi avait un jour surnommé “le père de la télé-démocratie” a décidé d’accélérer encore la cadence. Depuis peu, Jun est devenue la première ville au monde à utiliser Twitter dans son fonctionnement quotidien. Désormais, tous les employés de Jun ont un profil et, du jardinier au maire, chaque citoyen peut contacter directement chaque service de la municipalité et ainsi participer instantanément à la gestion de la cité. “La bureaucratie n’existe plus chez nous, tranche José Antonio Salas. A Jun, nous avons 15 ans d’avance sur le monde”.

Des antennes en boîtes de Pringles

Et c’était pourtant mal barré. On est en 1999 et Jun connaît une douce décrépitude. Ville-dortoir de la voisine Grenade, la municipalité andalouse ressemble de plus en plus à une chambre à coucher désertée. A peine 900 habitants, la céramique comme seule activité industrielle, bref, pas de quoi envisager le XXIème siècle très sereinement. C’est à ce moment décisif que le conseil municipal décide d’inverser le cours de l’histoire : le 28 décembre 1999, Jun devient la première ville au monde à déclarer l’accès à Internet “droit universel des citoyens”. “Une initiative extrêmement audacieuse” selon André Santini, qui affirme que son Issy-les-Moulineaux, partenaire de la cité andalouse, partage “la même ambition de favoriser le développement de la société numérique“.
Afficher Jun sur une carte plus grande

A l’origine de ce coup de tête, auquel le New York Times consacre quatre pages, José Antonio Salas, alors adjoint au conseil municipal. Jun n’a pas d’argent mais José Antonio a des idées. Pour concrétiser la déclaration, il offre aux habitants des antennes wifi révolutionnaires. “C’est vrai que c’était un peu artisanal, confie-t-il. Un Américain avait alors démontré  que les meilleurs antennes wifi étaient des boîtes de Pringles. Alors on en a mis à toutes les fenêtres du village“. Les jeunes se gavaient de gâteaux apéritifs addictifs et les vieux prenaient des cours d’alphabétisation digitale : Jun entrait juste à temps dans son siècle.

Depuis, José Antonio Salas n’a pas relâché ses efforts. Il a commencé par devenir maire avant de s’attacher à placer sa bourgade à la pointe de la démocratie numérique. En 2001, le portail internet de Jun accueille deux millions de visiteurs uniques pour le premier conseil municipal retransmis en direct. Pour une population de 4 328 habitants. L’opération est un succès et l’idée est pérennisée, puis améliorée : les conseils municipaux ne sont plus seulement numériques, ils deviennent participatifs. Derrière leurs écrans, les Juneros peuvent intervenir et participer à la vie politique de leur ville. Le dispositif est impressionnant. Maria José, la responsable technique, en sait quelque chose.

Heureusement qu’il n’y a pas des conseils municipaux tous les jours, feint-elle de se plaindre. Au début, les habitants pouvaient créer le pré-ordre du jour en transmettant leurs demandes par mail ou par formulaire. Mais aujourd’hui, on a des caméras Haute Définition et plusieurs écrans plats. Pendant le conseil, le compte twitter du maire est ouvert, tous les messages apparaissent au fil des débats et sont pris en compte par le conseil.

Derrière son ordi, José Antonio Salas n’est pas peu fier. Beau gosse aux yeux bleus et à la ligne travaillée, le maire n’a pas une dégaine de geek mais il en a le comportement. Le matin, après avoir allumé sa lumière, son premier geste est de tendre le bras pour choper son iPhone et consulter ses mails. Addict, José Antonio réussit à répondre à 129 mails par jour et suit presque en direct l’évolution de son nombre de followers.

Cela a du augmenter depuis tout à l’heure. Regarde, il n’en manque plus que 4 pour atteindre les 33 000, et encore, cela met un peu de temps à s’actualiser, on doit déjà les avoir dépassés.

Surtout cet homme, qui refuse de révéler son âge mais qui indique sur son blog avoir 1,04 grammes de créatine par litre d’urine et de la bilirubine en quantité suffisante, aime les coups d’éclats. Un mec bluffant pour “son dynamisme et sa passion de l’innovation“, d’après André Santini. En 2008, il reçoit le prix du meilleur blog de l’année par la télévision publique espagnole RTVE pour son site perso, où il pose les jalons de l’administration électronique. Cette année, en prévision des élections générales, il a décidé d’envoyer du lourd : célébration de mariages gays via internet, campagne électorale exclusivement numérique et compte twitter pour tous les employés municipaux.

Cet homme n’est pas seulement un énorme geek, il est perspicace. “Maintenant que je suis devenu fou moi-même, je vais rendre dingues les fonctionnaires municipaux, s’exclame-t-il. Mais tout le monde y gagne : les employés municipaux, dont le travail n’était pas très reconnu, ont l’opportunité de le défendre et le valoriser. Les citoyens, eux, ont la possibilité de les contacter directement à n’importe quel moment.” Désormais, quand on parle de démocratie électronique, Jun est devenue une référence incontournable : à force d’innovation, @alcaldejun a fini par placer son bled sur la carte. Cela tombe bien, car Jun a un message pour la planète.

Démocratie directe et coupé sport

Ce qu’on fait ici, c’est une expérience sociologique pour le monde. On a la recette électronique de ce qui va se passer sur la planète dans les prochaines décennies.” Rien que ça. José Antonio Salas dévoile ses ambitions sans fanfaronnade. Vouloir changer le monde n’est pas un effet d’annonce, c’est l’objectif numéro 1 du maire. Pédagogue, il tend une chaise et invite à le rejoindre là où tout se passe, derrière l’écran monstrueux de son iMac.

Jun est un lieu pour expérimenter. Quand on a déclaré Internet droit universel des citoyens en 99, tout le monde m’a demandé à quoi ça pouvait bien servir. Mais ce n’était pas innocent. Cette même déclaration, la Finlande, une des sociétés d’information les plus avancées, l’a faite il y a un an et demi. La France va la proclamer l’année prochaine et l’ONU l’a prévue en 2015. Tout ce que les autres font, nous on l’a mis en place il y a dix ans.

Le maire conçoit sa ville comme un laboratoire politique à taille réelle. On y teste ce que personne ne peut ou ne veut faire ailleurs. C’est ici que le gouvernement espagnol a choisi de lancer le premier test d’élections électroniques et mobiles en mars 2004. Ici encore que sont mis à l’essai des prototypes de maisons intelligentes. L’administration mobile a été mise en place au début des années 2000 et la police utilise des smartphones depuis 2002. “Aujourd’hui, il suffit d’envoyer un tweet à @policiajun et l’intervention est immédiate. Et si une grand-mère veut faire changer une ampoule de lampadaire qui a grillé dans sa rue, elle contacte directement l’employé en charge de l’entretien.”

Mais cobaye n’est pas un métier facile et le maire avoue s’être gouré à plusieurs reprises. Au début, José Antonio Salas pense créer un réseau social dédié pour reconstituer numériquement les interactions sociales de la ville. “C‘est sexy mais ça ne fonctionne pas. Toutes les expériences locales ont été un échec. Les gens veulent utiliser ce qui existe. Alors on a choisi Facebook.” Nouvel échec. Trop lent, trop difficile de retrouver les informations, le réseau social aux centaines de millions d’utilisateurs s’est avéré inadapté au moment d’organiser la participation directe aux conseils municipaux. En mai dernier, le maire a alors initié un revirement total.

On est passé à Twitter, raconte-t-il. C’est instantané, plus rapide, plus efficace. La limite des 140 caractères t’oblige à envoyer des messages synthétiques avec les informations vraiment importantes. Tout le monde s’y est mis.” Jun ne prétend pas avoir la recette miracle mais a le mérite de s’entêter pour penser la démocratie de demain dans son exercice quotidien.

On ne doit pas se tromper dans le rapport entre la technologie et les personnes : il faut penser à partir des gens pour aller à la technologie, pas le contraire. Pour moi, plus important que voter ou faire des référendums, c’est commenter le vote. Si je pose une question aux citoyens, je dirige déjà les gens. C’est mieux si ce sont eux qui choisissent la question, non ?

Une église 1.0

Loin d’éloigner le maire de ces questions, la crise qui secoue l’Espagne (où 40% des jeunes ne connaissent du monde du travail que les files d’attente devant le pôle emploi) l’a renforcé dans ses convictions. Car en Andalousie, considérée comme le Mezzogiorno espagnol, comme ailleurs, les Indignés espagnols en veulent autant aux politiques qu’aux banques ou aux agences de notation. José Antonio Salas sait que son parti, au pouvoir depuis 2004, est en partie responsable de la crise de confiance, mais le maire veut croire que le PSOE peut aussi être partie de la solution. “S’il y a autant d’Indignés dans le monde et en Espagne en particulier, cela signifie qu’il faut changer quelque chose, admet-il en pianotant sur son téléphone au volant de son coupé sport rouge. Et qu’il faut le faire ici“. Jun comme laboratoire, encore.

Les indignés reprochent au monde politique son opacité et ils ont raison. Quel est notre objectif en faisant utiliser Twitter par toute la municipalité ? La transparence. Ils savent que je suis en voiture avec vous, ils connaissent les trajets de la police en direct à travers wikilogs. Ils savent que ce matin j’avais une réunion à Grenade et que la mère de la secrétaire est décédée dans la nuit. Les citoyens savent tout ce qu’il se passe.

Rubalcaba les pieds sur la table

Cette vision Big Brother peut faire flipper mais André Santini valide également l’idée. “Les nouvelles technologies peuvent permettre à tout citoyen de s’exprimer publiquement, de partager sa vision, considère le maire d’Issy, qui participe aux côtés de Jun, Berlin ou San Francisco au programme Global Cities Dialogue. C’est aussi une plus grande transparence, une plus grande confiance dans l’intelligence collective. Bref, tout le contraire de ce que nous avons vécu dans l’Histoire.” De fait, à Jun, la démocratie directe a un peu plus de gueule que les “débats participatifs” de Ségolène Royal, les citoyens pouvant choisir jusqu’à la couleur des façades des bâtiments municipaux. A noël dernier, la municipalité a lancé une consultation pour savoir comment les habitants souhaitaient utiliser l’enveloppe budgétaire habituellement consacrée aux illuminations. Les Juneros ont finalement décidé de payer des chômeurs de la ville pour qu’ils fabriquent eux-mêmes les décorations de Noël. Le résultat était certes hideux mais, en pleine crise économique, l’important était sans doute ailleurs.

Blog du maire de Jun, José Antonio Salas

José Antonio Salas aime sa fonction d’élu local (“la vérité ? Jun me passionne“) mais il sait aussi qu’il serait dommage que ses expériences andalouses ne servent qu’à 4000 personnes. Jun ne demande ainsi qu’à être copiée. Outre ses partenariats avec Bruxelles et Issy-les-Moulineaux, ce microbe politique accueillait en février dernier une rencontre numérique avec 43 responsables politiques sud américains, dont les maires de Buenos Aires et Bogota. Au sein du PSOE, José Antonio Salas, surnommé “El nino Jun” [l'enfant Jun], est donc vu comme un agitateur capable de rénover le parti, d’insuffler un peu d’air frais. La figure idéale au moment d’aborder des élections générales (premier tour ce 20 novembre) où tout semble déjà perdu pour la formation au pouvoir. “Rubalcaba, dans un moment où il n’a de temps pour rien, a voulu me voir une demi-heure. Ça a duré un peu plus longtemps que prévu… “, explique-t-il en montrant sur son iPhone les photos du candidat PSOE à la succession de Zapatero après 4h de réunion, les pieds sur la table et la tête entre les mains, déconcerté par la fougue du maire. Depuis, Alfredo Perez Rubalcaba a changé son approche de twitter, l’utilisant comme un outil de dialogue, non plus comme un relai de mini communiqués de presse, et a fini par exploser son nombre de followers.

José Antonio Salas ne se destine pas pour autant à un job de community manager du parti. L’ambition est, comme toujours, plus élevée et le maire voit sa ville comme le milieu relayeur d’une dream team numérique :

Moi je veux montrer à mon pays ce qu’il est possible de faire. Imagine ce que pourrait être l’Espagne demain avec Jun au niveau local, Patxi Rodriguez et le pays basque à l’échelle régionale et Rubalcaba à la tête du pays !

“ Rien d’autre à faire que fumer des joints ”

Un enthousiasme pas forcément partagé par tout le monde au bled. “Le maire est un fils de pute. Note ça dans ton carnet. Il aime bien passer à la télévision, mais nous les jeunes de Jun, on n’a pas de boulot”. Il est midi, Salva et ses potes traînent sur une place de la vieille ville. Eux préfèrent faire des tours de scoot et rouler des spliffs plutôt que d’envoyer des tweets.

On n’en a rien à foutre d’Internet, nous, on veut du boulot. Ici, on n’a rien d’autre à faire que fumer des joints. J’ai entendu dire qu’il y avait du taff sur la construction d’un pont, là bas à Cuba, mais le billet coûte trop cher.

La crise économique, même à Jun, n’est pas virtuelle. Les deux plus grosses entreprises de céramique, qui employaient chacune 400 personnes, ont fermé, laissant les plus jeunes, qui ne distinguent pas Cuba du Panama, sur le carreau. Toutes les belles idées numériques n’y ont pas changé grand chose. “Je cherche des sorties aux jeunes qui travaillaient dans la construction, le secteur le plus touché, mais la situation est compliquée“, confesse à demi-mots le maire. Pour le moment, même si Reebok a implanté un centre de recherche dans la ville, les initiatives de Jun en matière de télédémocratie n’ont pas eu de retombées économiques concrètes. Le cobaye est tondu, à poil pour l’hiver. “Quand je sors, tout le monde me dit ”ah ouais, tu es de Jun, le super village, là”, raconte Luis, une araignée tatouée sur le torse et un bédo à la main, confirmant au passage les propos de Salva sur la jeunesse du coin. Tu parles ! Je leur réponds toujours ”mon vieux, si tu savais ce que c’est Jun” “.

Pas fou, le Parti Populaire a donc tenté de rebondir sur ce mécontentement en menant une campagne anti-geek lors des dernières élections locales avec comme slogan “Pour un maire réel, pas virtuel“. Ce fut un échec total : José Antonio Salas n’a peut-être pas le soutien du lobby des fumeurs de joints mais il est le seul maire de toute la région à avoir été réélu malgré l’échec national du PSOE aux municipales. Son succès se traduit même démographiquement avec une population considérablement rajeunie, comme l’explique un employé municipal, pyramide des âges à la main. Javier énumère : “La prof d’allemand. Et l’Argentin aussi, qui est venu avec sa famille. Il y a aussi Lisa, une traductrice du parlement européen, qui travaille à Jun.

Avec cette population jeune et acquise à sa cause, ses dizaines de milliers de followers et ses 9000 fans Facebook, José Antonio Salas pourrait bien rester maire à vie, histoire d’innover encore avec un populisme 2.0. “C’est en effet une problématique importante. Comme en démocratie, Il faudra veiller à garantir les règles du jeu”, assure-t-il en nous conduisant vers le pavillon des arts qui surplombe la ville. Pour la campagne des élections générales, il n’a pourtant pas vraiment abandonné le twitter officiel au profit de son profil perso, moins suivi, mais il promet de remettre @alcaldejun au prochain maire en même temps que les clés de la ville. La visite futuriste, elle, se termine devant un musée-dôme gigantesque à l’architecture toute stalinienne. “On est encore en construction, mais ça devrait bientôt être fini. C’est beau, non ?“. Ou pas. Reste à espérer que Jun nous en apprenne plus sur l’avenir de la démocratie que sur le futur de l’architecture. Ou des décorations de noël.


Illustrations Léa Gauthier
Publié initialement sur The Ground sous le titre Elections espagnoles : Politico 2.0.

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Les data en forme http://owni.fr/2011/11/07/data-opendata-espagne-cartographie-ows-infographie-population-primaire/ http://owni.fr/2011/11/07/data-opendata-espagne-cartographie-ows-infographie-population-primaire/#comments Mon, 07 Nov 2011 10:26:48 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=85782 L’Espagne aura l’honneur d’ouvrir le bal de notre veille “data” cette semaine. Non parce qu’elle accueille le G20 de Cannes cette année, mais parce que nous y avons trouvé bonne matière pour lui rendre cet hommage hebdomadaire : Open Data, visualisations et cartographie au menu ibérique.

Mi data es tu data

Datos.gob.es est le portail national qui gère et organise le catalogue de l’information publique de l’Administration générale de l’État”. Il vient d’ouvrir ses portes en version bêta, et permet à ce jour de naviguer dans un peu moins de 500 jeux de données répertoriés dans un catalogue avec l’intention manifeste d’utiliser des formats les plus universels qui soient – enjeu ô combien majeur. Une simple inscription au site permet de réutiliser les données librement et de proposer à la communauté des applications web ou mobile (plus ou moins réussies, c’est le jeu)… mais l’esprit est bien là, pour preuve l’excellent site “La Liste des Courses“, qui inaugure sans aucun doute une longue longue série d’initiatives citoyennes permises par l’ouverture des données.

Label de Cadiz

Le pays du tourisme et de la salade hors-sol ne pouvait décemment pas se priver d’un site haut en couleurs pour vanter le plus vertueux de ses commerces. C’est donc sans surprise que le joli “Tourisme espagnol en chiffres” [es] a vu le jour pour honorer les 60 millions de visiteurs annuels faisant la prospérité (très relative) de nos voisins champions du monde de foot. De très nombreuses visualisations ponctuent d’invisibles jeux de données (on a confiance), et à défaut d’admirer des images dans un taux de compression JPEG digne de ce nom, on doit au moins reconnaître l’exhaustivité du corpus et le gros boulot de création pour mettre en scène la data mêlant paramètres géographiques, économiques, sociaux et humains.

Combien l’Ibère gagne

Beaucoup plus modeste – et pas vraiment en Espagne, diront certains – la petite cartographie réalisée pour visualiser Barcelone sous l’angle des revenus de ses habitants en posant la question de l’impact éventuel des projets d’urbanisme récents. Au-delà de son sens, cette cartographie simple, réalisée avec le Map Maker de Google, est une illustration probante de la volonté d’offrir de nouveaux moyens aux journalistes aujourd’hui, et met le doigt sur l’un des nombreux outils à leur disposition. Cet exercice catalan, par exemple, fut réalisé à l’issue d’un atelier pratique mis en place par Carlos Alonso au sein du media140 [en] l’an dernier – sous le patronage du plus célèbre journaliste de données en Europe, Simon Rogers – en collaboration avec le site Open Data de Barcelone.

Où vivent les riches

Autre usage de Google Map, autre traitement de la data – et toujours dans l’optique de cartographier la société par le biais de la richesse de ces citoyens – l’application “Où vivent les riches ?” répond elle-même à la question sur les 100 premières villes de France (du moins celles de plus de 20 000 habitants pour lesquelles l’exercice est obligatoire, ce qui donne un léger biais à la carte) grâce aux données ISF 2009 du ministère du Budget diffusées par le site Data Publica. Cette carte est l’œuvre de Jean Abbiateci, dont on vous a déjà parlé dans les Data en forme, et, en complément de la carte, on lira l’article méthodologique de Benjamin Gans.

Qui occupe Wall Street

Sans relation – voire : l’infographie “Who’s Occupy Wall Street?” [en] est le résultat d’une étude effectuée par le site occupywallst.org, qui a reçu près de 5 millions de visiteurs uniques entre mi-septembre et fin octobre, et qui a donc sondé 5 000 d’entre eux. Le profil-type qui se dégage de cette dataviz spéciale #OWS : un homme blanc de 25-44 ans, qui possède un emploi plutôt mal payé, ni républicain ni démocrate. Et bien d’autres fioritures, à découvrir dans la méthodologie et dans les détails de cette élégante infographie.

Nous sommes les 99% + 1%

Preuve (s’il en fallait encore une) que le recensement de la population est l’un des domaines de prédilection des manieurs de données les plus créatifs, trois projets ont, cette semaine, attiré particulièrement notre attention et n’auront sans doute pas manqué de flatter la vôtre.

Dans cette première vidéo, “Visualizing How A Population Grows To 7 Billion” [en], Adam Cole et Maggie Starbard de la NPR se sont (sans doute bien) amusés à simuler l’évolution de la population mondiale à l’aide de verres percés et de liquides colorés aux débits calés sur les données de variations démographiques des continents à travers les âges. Le résultat n’est pas seulement compréhensible au premier coup d’œil – première qualité de la représentation de la donnée -, il est également élégant. Tout simplement.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Du coup, cette première vidéo nous a donné envie d’en ressortir une deuxième [en] du placard aux bijoux. Qu’on ait déjà vu ou pas le génial Hans Rosling et son explication de la croissance de la population mondiale (qui s’est tenu en 2010 au TED… de Cannes, vous voyez un peu l’astuce en introduction ci-dessus), le plaisir est toujours là. La datavision, comme nous l’enseigne le maître David McCandless, c’est une belle data, une belle vision, et le talent pour enrober le tout. Et assurément, il faut du talent pour passionner un auditoire avec des boîtes en plastique IKEA.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

La dernière application démographique est celle du site “Poor Economics” [en] accompagnant la publication du livre éponyme d’Abhijit Vinayak Banerjee et Esther Duflo – lauréate française de la Médaille Clark, elle aussi habituée des TED Talks. Pour ceux qui connaîtraient et apprécieraient les visualisations un poil technique du département Deprivation and Marginalization in Education de l’Unesco, c’est pareil mais en plus simple et donc en beaucoup mieux. Sur une série de critères de vie quotidienne comme la consommation, la santé, l’éducation ou la micro-finance, les pays en voie de développement sont scrutés et analysés afin de mieux comprendre les besoins de chacun. C’est ainsi qu’on apprend que les habitants ruraux de Papouasie-Nouvelle-Guinée vivant avec 2 à 4 dollars par jour destinent en moyenne 13% de leur budget mensuel à la consommation d’alcool et de tabac (cf. ci-dessous). Face à ce type de données ultra-technique, penser la modélisation est loin d’être aisé : c’est ici brillamment réussi. Et la réalisation en HTML5 plutôt qu’en Flash est la cerise sur le gâteau.

Just do it

Petit coup de cœur de la semaine pour la jolie bidouille “Dataviz de la primaire socialiste” d’Étienne Côme. Désireux de croiser les data des résultats du 1er tour de la primaire socialiste avec des données socio-géo-démographiques issues de diverses sources pondues par l’Insee et de s’amuser à triturer la librairie Javascript d3 (déjà vue rapidement il y a deux semaines), Étienne a généré quatre visualisations très efficaces sous forme de carto, box plot, treemap et sunburst. Un remarquable ouvrage.


Retrouvez les précédents épisodes des Data en forme !

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Une lumière crue dans la nuit de la finance http://owni.fr/2011/09/05/une-lumiere-crue-dans-la-nuit-de-la-finance/ http://owni.fr/2011/09/05/une-lumiere-crue-dans-la-nuit-de-la-finance/#comments Mon, 05 Sep 2011 09:43:40 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=71817 Le 17 septembre, les collectifs nés des mouvements sociaux et démocratiques en Espagne, en Grèce, occuperont les bourses de New-York, Madrid, Londres, Tokyo, Athènes et d’autres villes encore. C’est aussi le jour de l’arrivée des marches des indignés à Paris, commencées en Espagne au mois de juillet dernier, avant l’ultime étape bruxelloise le 8 octobre.

C’est dans ce contexte que nous vous faisons découvrir le collectif espagnol d’artistes street-art, Luz Interruptus, qui avait créée littéralement, un envol de 80 doubles pages des sections économiques des grands quotidiens nationaux, illuminées, sur les marches du palais de la Bourse de Madrid en pleine crise financière en 2009: le vent nous amène la crise.

Du recyclage à la surveillance en passant par le nucléaire ou la crise économique, Luz Interruptus se déploie à la tombée de la nuit, allumant ça et là des petites lumières à l’intention de leurs concitoyens en réaction à un thème de société ou à une actualité qui leur tient à coeur.

La police est partout ? Qu’à cela ne tienne, ils collent, en l’espace de quelques heures, de faux gyrophares fabriqués avec des verres en plastique, de la cellophane bleue et des lumières intermittentes, sur tous les toits des voitures d’une place du quartier de Malasaña. Le nom de l’installation? Tant de police, pour si peu de gens…

Ce collectif street-art a récemment monté des installations inspirées par les mouvements démocratiques du 15 mai en Espagne et dont la dernière en date, réalisée pour le festival Dockville de Hambourg, porte sur les conséquences de l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. On peut s’attendre à ce qu’il réagissent aux prochains évènements, et embellissent des éclats de leurs créations, phosphorescentes, luminescentes et féériques les rues de Madrid ou d’autres villes d’Europe.

Sous la menace nucléaire

Avec notre mystérieuse armée de 100 personnages radioactifs illuminés, avançant de manière menaçante, sur le site en plein air du festival Dockville, nous voulions inviter à la réflexion sur l’utilisation et l’abus de l’énergie nucléaire, peu coûteuse économiquement mais qui a des effets secondaires dévastateurs et irréversibles pour l’environnement et la santé publique.

Temps d’installation: 6 jours
Dommages: aucun
Temps d’exposition: 30 jours.

Faune et flore préservée

Nous déplorons le manque d’espaces verts à Madrid, et nous avons décidé pour cette raison de partir à la recherche de ces petites plantes qui poussent timidement dans les endroits les plus inattendus. Nous voulions de manière symbolique les protéger et les préserver, ce que nous avons fait avec des petites serres portables pour les abriter de la pollution, et un troupeau d’animaux pour les accompagner.


Temps d’installation dans la rue: 5 heures.
Dommages: aucun
Temps d’exposition: plus de 12 heures

Au revoir Sol, on rentre à la maison

Le 12 juin, le mouvement du 15 mai se retirait officiellement de la place de la Puerta del Sol, passant le contrôle aux assemblées de quartier et laissant à l’endroit du campement, un point d’information, comme un phare montrant le chemin, rappelant aux indignés qu’ils pourront toujours revenir, si les circonstances se présentaient…

Durée d’installation: 2 heures
Dommages: aucun
Temps d’exposition: 1 heure

Recyclage électoral

Nous avons réalisé cette intervention le jeudi avant les élections municipales et régionales en Espagne, à un moment crucial pour notre démocratie où les gens descendaient dans la rue pour exprimer de manière pacifique leur mécontentement et leur opinion sur la classe politique qui nous a entraîné dans cette crise dont ne nous voyons pas la fin.


Temps d’installation: 5 heures.
Dommages: aucun
Temps d’exposition: + de 24 heures

La mer urbaine

Les containers de gravas des rues de Madrid sont comme des bateaux échoués entre les voitures, en attente de la marée qui ne viendra jamais les emporter vers le large.


Temps d’installation: 2 heures
Dommages: aucun
Durée de l’intervention: 24 heures


Source : Luz Interruptus
Photos de Gustavo Sanabria ©

Image de Une Marion Boucharlat

Retrouvez le dossier complet

La cote de la révolte
Occuper Wall Street et son esprit

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L’Espagne du #19J en affiches http://owni.fr/2011/06/20/lespagne-du-19j-en-affiches/ http://owni.fr/2011/06/20/lespagne-du-19j-en-affiches/#comments Mon, 20 Jun 2011 12:18:07 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=70764 La marche du dimanche 19 juin [#19J] contre la crise a réuni plus de 200 000 personnes dans toute l’Espagne selon El Pais [es].  L’organisation n’a pas été laissée au hasard: le rendez-vous était donné dans six différents points de Madrid dès le matin, entre 9h00 et 10h00, pour converger vers la place Neptune à 14h00, au sud du parc Retiro, et à 200 mètres de l’Assemblée (El congreso).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Des revendications inchangées

Les revendications restent les mêmes, sur la corruption politique, le changement de la loi électorale, la transparence bancaire, le système des hypothèques qui met à la rue des milliers de personnes et le chômage.Le rejet du pacte de l’Euro était cependant au coeur des revendications de cette journée de mobilisation. Ce dernier demande aux pays de la zone Euro de trouver un compromis et de faire des propositions sur différents points clefs: salaires et compétitivité, emploi, finances publiques et contrôle du déficit. Proposé par Bruxelles le 12 mars dernier, il sera soumis au vote le 27 juin prochain.

Carte réalisée par The Technoant (cliquer pour accéder au site)

Le 23 juillet, l’Espagne se donne rendez-vous à Madrid

Le mouvement du #15M prépare déjà la prochaine grande manifestation. Des marches de plusieurs centaines de kilomètres, venant des quatres coins du pays, se dirigent vers Madrid. L’acampada de Valence [es] tire la première, avec une marche de 500km sur 34 jours. C’est la route Est. La marche de Barcelone, [es] la route Nord-Est, partira le le 25 juin. Le rendez-vous est donné à Madrid le 23 juillet prochain.

Voici une deuxième sélection d’affiches issues du tumblr Voces Con Futura.

L'Espagne est arrivée à saturation. S'il vous plait, réessayez le 19 juin. Pour plus d'informations, lisez #spanishrevolution.Ils l'appellent "crise" mais c'est une escroquerie. Indignez-vous !

Faites nombre (ajoutez-vous au mouvement)

Politique, corruption et mensonges


C'est maintenant qu'il faut se lever et lutter ensemble contre la corruption

Si le système est totalement corrompu,l'autorité n'est rien d'autre qu'un pantin du système. Ne les laissez pas vous écraser.

Le pacte de l’Euro

Le 19 juin fais entendre ta voix. Dis non au pacte de l'Euro!

Le système ne veut pas de citoyens, il veut des esclaves. Non au pacte de l'Euro

Le 19 juin, descendons dans la rue

Expulsions et banques

Des familles expulsées. Votre violence. Notre indignation. 19juin

Hypothèque. Jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Le rêve de la banque produit des monstres

Organisation de la mobilisation à Madrid

Marche des colonnes, le 19 juin (les 5points représentent les lieux de rendez-vous aux quatre coins de Madrid)

Marchons ensemble contre la crise et le pacte de l'Euro.

Le 19 juin : tous les quartiers au Congrès

Globalisation du mouvement

Je veux être islandais

Levez-vous maintenant !

Réveil de la conscience citoyenne

Le moment est venu de faire ton choix. Dimanche 19 juin sur toutes les places.

Agis ! Ne sois pas un légume !

La télévision : "Je mens" - Eteins la télé et descends dans la rue !

Tu naîtras, vivras et mourras libre. 15M. Créer c'est exister. Exister c'est créer.


Source des affiches : Voces con futura
Entretien avec Voces Con Futura in La voix graphique de l’Espagne

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Escif, artiste de rue ou peintre révolutionnaire ? http://owni.fr/2011/06/19/escif-artiste-de-rue-ou-peintre-revolutionnaire/ http://owni.fr/2011/06/19/escif-artiste-de-rue-ou-peintre-revolutionnaire/#comments Sun, 19 Jun 2011 10:54:05 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=67996 Entre graffiti et peinture de rue, l’artiste espagnol Escif amorce depuis quelques années un travail visuel centré autour de l’idée de révolution, de trouble à l’ordre civil, et de changement social. 

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Publié initialement sur graphism.fr

Photos d’Escif, tous droits réservés, via Flickr

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Printemps arabes: six mois de lutte et d’espoir http://owni.fr/2011/06/16/printemps-arabes-six-mois-de-lutte-et-despoir/ http://owni.fr/2011/06/16/printemps-arabes-six-mois-de-lutte-et-despoir/#comments Thu, 16 Jun 2011 17:41:31 +0000 Admin http://owni.fr/?p=68302 Six mois. Cela fait six mois que Mohamed Bouazizi s’est immolé à Sidi Bouzid. Son acte désespéré a ouvert la voie à ce que certains ont appelé “le printemps arabe”. Toute la journée de demain, nous nous associons à France Culture pour une journée de débats, d’interviews, de reportages et d’analyses centrés autour de cette thématique:

De Tunis à Madrid: Démocratie, une nouvelle jeunesse?

D’ici là, retrouvez ici une sélection d’articles publiés sur OWNI ainsi qu’une timeline permettant de les situer dans la chronologie des évènements.

L’Europe entre crise économique et indignation

06 juin 2011: “Espagne Labs : inventer la démocratie du futur” (Espagne)

Des assemblées numériques reliées entre elles, un réseau social alternatif, des outils open source et des licences libres en support, le tout coordonné au niveau technique par des hackers. Les acampadas du 15M se préparent à la globalisation du mouvement.

04 juin 2011: “La voix graphique de l’Espagne” (Espagne)
Des voix qui s’élèvent en Espagne pour un changement de système et une démocratie plus juste, nous vous présentons aujourd’hui le versant graphique en 30 affiches.

02 juin 2011: Le peuple connecté se réveille en Grèce
Pression des institutions financières internationales et européennes. Répression du gouvernement. Mécontentement alimenté par l’utilisation des réseaux sociaux. La Grèce ne dort pas et pourrait bien se réveiller brutalement.

31 mai 2011: “Sol, ou quand l’impossible ne peut qu’advenir” (Espagne)
Les campements des villes espagnoles tiennent bon. Retour sur une semaine au cœur de la plaza del Sol au lendemain des élections municipales et régionales. Un récit de Marta Malo de Molina.

24 mai 2011: “Aux sources de la colère ibérique” (Espagne)
Dans la révolte espagnole actuelle, Internet n’a pas seulement joué un rôle de diffusion. La ley Sinde, version espagnole de la HADOPI, a été aussi été un détonateur du mouvement dans le décor économique sinistré.

22 mai 2011: “Sommes-nous prêts à la reconstruction du monde ?“(Europe)
S’appuyant sur l’exemple américain, caractérisé par des inégalités sociales profondes, Framablog envisage la chute du monde occidental, sur le modèle des révolutions arabes. Une utopie pas si irréalisable.

22 mai 2011: Manifeste ¡ Democracia real ya !” (Espagne)
Le mouvement ¡ Democracia Real Ya ! est à l’origine des premières manifestations du 15 mai contre la gestion de la crise économique. Voici leur manifeste, dont nous vous proposons la version française.

21 mai 2011: Comprendre la révolution espagnole
Alors que l’Espagne fait sa révolution sous nos yeux, Enrique Dans, professeur et blogueur reconnu, nous donne les clefs pour comprendre le soulèvement massif du peuple espagnol.

06 mai 2011: Madrid : Fonctionnement d’une assemblée de quartier
OWNI vous propose de plonger au cœur d’une assemblée de quartier et de comprendre son organisation et, au-delà, le processus de démocratie citoyenne, active et participative qui bourgeonne sur les places espagnoles.

05 mai 2011: “Un autre monde est certain” (Espagne)
José Luis Sampedro, écrivain et économiste espagnol de 94 ans, s’exprimait à la veille des manifestations du 15 mai sur les origines de la crise du système économique. Interview.

16 avril 2011: “Tout est prêt pour le changement” (Europe)
Peu d’entre nous arrivent à y mettre les mots, mais beaucoup le ressentent: le monde change. Les technologies sont là, les rapports de force évoluent… mais sommes nous prêts nous-mêmes à entrer dans une nouvelle ère?

Monde arabe

8 juin 2011: “Iranian stories, portail de témoignage” (Iran)
Iranian Stories est une plateforme trilingue de recueil de témoignages. Les témoins de la crise post-électorale de 2009 en Iran peuvent à raconter ce qu’ils ont vu, envoyer photos et vidéos, pour reconstituer un sombre pan de l’histoire iranienne.

07 juin 2011: “La Syrie coupée d’Internet (Syrie)
Vendredi, jour de manifestation de l’opposition, la Syrie n’était plus reliée à Internet. Les fournisseurs d’accès, proches ou aux mains du régime, semblent être derrière ce blackout de 24 heures.

31 mai 2011: “Interview de Slim404 (Tunisie)
Quelques jours après sa démission du gouvernement de transition tunisien, le blogueur Slim Amamou en explique les raisons. Dans un entretien accordé à OWNI, il pointe notamment du doigt l’appareil sécuritaire.

26 mai 2011: “L’exemple syrien désenchante Facebook” (Syrie)
En Syrie, la révolte gronde depuis février. La répression est féroce. Comme ailleurs dans la région, les activistes utilisent Facebook, qui montre ici ses limites. Analyse d’un chercheur du CNRS basé à Damas.

27 mars 2011: “Les accélérateurs du web arabe(monde arabe)
Pour le chercheur Yves Gonzalez-Quijano, les révolutions tunisienne ou égyptienne et leur dimension numérique mettent en lumière de nouvelles sphères publiques dans la jeunesse arabe.

10 mars 2011: “Pourquoi on ne peut pas prédire les révolutions par les données (monde arabe)
La séduisante idée de révolutions déclenchées par des conditions sociales bien définies ne tient pas la route. Prédire ces évènements est impossible, surtout quand les révoltes passées ne sont pas analysées sérieusement.

10 mars 2011: “Tunisie, Twitter, WikiLeaks et l’indécence(Tunisie)
Pour Bruno Walther, il faut raison garder : les événements en Tunisie, “c’est la révolte assez classique d’un peuple contre son oppresseur”. Le poids de l’Internet dans le processus doit être très relativisé.

08 mars 2011: “Facebook et Twitter ne font pas les révolutions (monde arabe)
Les cyber-utopistes qui pensent que les révolutions arabes ont été menées grâce aux réseaux sociaux ignorent les mécanismes d’activisme réel qui les sous-tendent.

30 février 2011: “Internet : Instrument de la contre-révolution égyptienne (Égypte)
Le retour d’Internet en Egypte était attendu comme une libération. Selon des témoignages sur place, il marque surtout la reprise en main du régime.

11 février 2011: “Internet et l’Egypte : qui contrôle qui ? (Égypte)
En Égypte, Moubarak essaie de contrôler Internet utilisé par la contestation pour le déstabiliser. Sans “jovialisme”, ni pessimisme, Internet apparait comme un outil de la contestation que le pouvoir peine à museler.

30 janvier 2011: “Egypte le mode dégradé de la révolution(Égypte)
Internet coupé, c’est Al-Jazeera qui a permis de suivre au plus près le soulèvement égyptien. Au-delà de la couverture, c’est le produit de la somme des sociétés de l’information. Et le web revient par la petite porte…

A voir absolument: le printemps arabe vu et augmenté par Le Guardian.


Illustrations CC FlickR: Believekevin

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Espagne Labs: inventer la démocratie du futur http://owni.fr/2011/06/06/espagne-labs-inventer-la-democratie-du-futur/ http://owni.fr/2011/06/06/espagne-labs-inventer-la-democratie-du-futur/#comments Mon, 06 Jun 2011 07:14:06 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=66317 Ne croyez pas que le mouvement espagnol s’étiole, bien au contraire ! Il entend passer à la vitesse supérieure, conscient de ses défauts et de ses qualités, et des décisions nécessaires à prendre pour avancer, sur le plan de l’organisation et de la logistique. La révolution, le changement, sont dans la rue et sur les places des quartiers. Mais c’est aussi sur les réseaux que se joue la partie la plus intéressante du mouvement, lancé par la manifestation du 15 mai dernier.

¡HackSol!

Dès la formation d’acampadasol et dans les jours qui suivent, les hackers de Madrid décident de prêter main forte au mouvement. Ils créent rapidement les outils de base qu’ils mettent à disposition de leurs compagnons comme les deux blogs Wordpress tomalaplaza et tomalosbarrios. Dans le bar du Patio de las Maravillas, rempli de lycéens bruyants, Dani raconte la naissance du collectif :

Le groupe Hacksol a surgi de lui-même de l’acampadasol. Nous nous sommes très vite rendus compte à l’ampleur du mouvement, qu’il y aurait une montagne de choses à gérer au niveau technologique.

Le patio est un centre social et culturel autogéré, dans le quartier de Malasaña, berceau de la movida espagnole. L’immeuble est désaffecté, tout en travaux inachevés. Certains étages sont vides, d’autres accueillent des services sociaux, des réunions de quartier ou d’association, des ateliers artistiques, des cours d’espagnol ou des projections de films. Hacksol réunit également des programmeurs, des graphistes et des étudiants dont une partie sont au chômage. Les hackers apportent au mouvement leur expertise technique, numérique, et gèrent les infrastructures web du mouvement, des serveurs aux listes de courrier.

Dani me présente à ses compañeros, Antonio et Charlie, hackers de leur état, dépassés par les évènements mais jamais à court d’idées et de ressources. Le nombre de participants sur le réseau monté par les hackers a quadruplé, les serveurs ont chauffé, et ils ont vite été débordés. L’extension du mouvement dans la rue en Espagne et à travers le monde, se reporte sur le web. La nécessité de transposer cette intelligence collective sur le réseau est devenue une priorité.

“Mettre l’intelligence collective sur le réseau”

Ils expliquent :

A partir de ces constatations, il a fallu repenser le réseau que nous avions construit dans l’urgence et créer de nouveaux outils.

Le blocage sur la levée du campement de l’assemblée de Sol les a également poussé à se poser la question de la prise de décision et du vote avec les commissions. La création d’une sous-commission de Hacksol, le groupe VOX, composé de programmeurs, de juristes spécialisés dans le droit sur Internet, de sociologues et de politologues ainsi que de toute personne souhaitant participer, sera chargée de penser et de développer les outils de la démocratie du futur et de changer et améliorer les processus de décision actuels. Pas simple mais passionnant, et entre les mains de tous les citoyens.

La particularité de notre génération de hackers à Madrid, est de s’être mêlés à la population depuis toujours. Nous ne sommes pas inaccessibles, au contraire ! Cela fait 15 ans que nous partageons nos connaissances avec les centres sociaux et associations culturelles de quartier, à travers le montage d’infrastructures web et d’ateliers de formation.

Antonio nous écoute parler en tapant sur son mini ordinateur couvert de stickers. Il dit qu’il croit au changement, mais pas à la révolution. “Les révolutions entraînent beaucoup de morts et aujourd’hui nous avons les outils pour agir pacifiquement et obtenir ces changements.” L’Espagne serait-elle le laboratoire numérique de la démocratie demain ? Dani embraye : “Nous nageons en pleine expérimentation, c’est la première fois que des millions de personnes dans un pays et dans le monde se réunissent autour d’une même cause, pour une démocratie réelle et participative, pour changer le système actuel.” Et Tonio d’ajouter, en souriant :

Hemos entrado en el Madrix

Adieu Facebook, Twitter et Google : hola les outils alternatifs

Antonio a beau avoir l’air nonchalant il ne cesse de s’activer sur son ordinateur. Dans les cartons, le développement d’outils web, sous licence libre et open source, bien sûr, pour relier toutes les assemblées entre elles, au niveau local et national, avec les plateformes comme tomalosbarrios, mais aussi au niveau mondial avec une plateforme dédiée, Take the Square. En cours de finalisation, un téléphone 100% voIP permettra de se connecter dans le monde entier, gratuitement et d’envoyer des sms en masse. Un Skype de la culture libre, dont la béta est déjà prête, et développé avec le logiciel Linux Asterisk qui permet d’installer des centrales téléphoniques. Des listes de discussion et des Pirate-pad pour remplacer respectivement les google ou yahoo groups/documents. Et surtout, un réseau social alternatif et citoyen qui permettra de passer au-dessus de Facebook et Twitter.

Les deux premiers seront utilisés pour la communication extérieure seulement, comme une vitrine. Mais le plus important, les discussions des assemblées, les prises de décisions, les groupes, les comptes rendus, passeront par un autre réseau social, non commercial, du nom de N-1 créé par et pour la communauté, par le réseau Lorea qu’OWNI avait rencontré au Hackerspace de Toulouse la semaine précédente. N-1 a été développé avec le moteur de réseaux sociaux Elgg avec dans l’idée d’avoir toujours ses propres plateformes et de contourner les réseaux sociaux commerciaux. Tout en continuant à les utiliser intelligemment… L’idée est bien de parvenir à une certaine autonomie technologique et que ces outils servent de base à d’autres assemblées dans le monde.

Madrid fourmille d’idées et l’Espagne de hackatons en série. Le premier commence cette semaine à Madrid avec des développeurs de Lorea venus prêter main forte à l’équipe madrilène. Un quatrième hacker, Luca, venu d’un hacklab italien et qui a passé quelque temps à Barcelone, compte s’installer à Madrid dès cet été, “au cœur de la révolution démocratique”.

Les hackers sortent de l’ombre

La nuit est tombée sur Madrid, le patio de las maravillas est rempli de monde. Il est temps de se diriger vers Sol, où les quatre hackers ont rendez-vous avec quatre personnes de l’acampadasol, de la commission communication, pour préparer la grande assemblée générale du lendemain soir. Une cinquantaine d’acampadas d’Espagne, et des acampadas internationales [#interacampadas]. Sur la place de la puerta del sol, toutes les tentes sont occupées et le petit groupe se repli sur une cafétéria à moitié vide, d’une rue adjacente. Les quatre filles et les quatre garçons discutent pendant plus de deux heures, et point par point, l’échange se fait entre les besoins concrets des assemblées de quartier et les propositions de Hacksol pour améliorer le système actuel. Pour la première fois demain, les hackers se présenteront officiellement à tout le monde et auront l’opportunité d’expliquer le fonctionnement et le but des outils mis en place sur Internet.

Le lendemain, après l’assemblée de quartier Los Austrias à la Latina, direction la Tabacalera, un autre centre culturel autogéré dans le quartier populaire de Lavapiès, au sud de la place Sol. Le bâtiment est imposant, la hauteur de mur sous plafond doit bien atteindre sept ou huit mètres, des bâches en plastique font office de rideau entre les différentes pièces. Ici une scène musicale, là un atelier de peintre, et dehors, des jongleurs, un potager, des installations d’artistes. Dans le hangar à côté, les acampadas sont en réunion depuis deux heures. 100 à 200 personnes se trouvent sur le site, donnant au lieu des airs de Demeure du Chaos.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

À la recherche de l’autonomie technologique, Hacksol entre en scène sur les coups de 19h00, dans la nave trapecio, un grand hangar qui sert de salle de réunion. Ils font œuvre de pédagogie, expliquent la nouvelle organisation et les buts recherchés : décentraliser le mouvement – Madrid ne sera plus le point de passage obligé – et se répartir la charge sur la gestion des infrastructures web.

Chaque ville devra se mettre en contact avec des programmateurs ou des hackers de confiance. La red tiene que ser libre, tiene que ser nuestra (le Net doit rester libre, il doit nous appartenir)

Sont également abordées les questions juridiques et financières. Qui va payer pour les serveurs ? Qui sera responsable de la base de données des utilisateurs du réseau N-1 auprès de la Commission gouvernementale de la protection de données ? Qui prendra la responsabilité juridique des contenus publiés sur le réseau ?

Vient le tour des questions, où chaque acampada de Séville, Malaga, Algeciras, Oviedo, Donosti – et d’autres villes encore – fait part de ses besoins, mentionne les outils qu’elles utilisent déjà et en propose d’autres. La question du design des sites par exemple, est abordée par plusieurs acampadas et très rapidement, la décision est prise de mettre en place une coordination nationale des graphistes et des webmasters, avec une liste de discussion sur le modèle de celle qui existe déjà pour les programmeurs. Le représentant d’Algeciras invite même Hacksol à faire des ateliers de formation au web sur la plage pendant que celui d’Asturie précise qu’ils ont développé une application de co-voiturage qui pourra être mise à disposition de tous. Un autre propose d’utiliser des plateformes de crowdsourcing pour financer les coûts technologiques. L’ambiance est à la fois studieuse et bon enfant. L’assemblée prendra fin sur les coups de 23h00.

Ils ont bien en tête que les infrastructures et outils qui sont développés maintenant doivent pouvoir servir à tous, en Espagne et dans le monde entier. Pour eux il est évident que le mouvement va s’étendre et que les places vont se coordonner entre elles. Et que le changement viendra.


Photos et vidéos, Ophelia Noor pour Owni /-)

Image de Une par Voces con Futura

Retrouvez notre dossier sur la démocratie réelle en Espagne.

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Madrid: fonctionnement d’une assemblée de quartier http://owni.fr/2011/06/05/madrid-fonctionnement-dune-assemblee-de-quartier/ http://owni.fr/2011/06/05/madrid-fonctionnement-dune-assemblee-de-quartier/#comments Sun, 05 Jun 2011 19:25:44 +0000 Ophelia Noor http://owni.fr/?p=66184

Sauf indication contraire, tous les liens sont en espagnol

Si le mouvement du 15M, mobilisé contre le système politique espagnol actuel, est toujours vivace à Madrid, entre les assemblées générales de la place Sol et les nouvelles assemblées dans les quartiers, il doit faire face à des questions de fonctionnement cruciales pour assurer son avenir. Depuis l’annonce des résultats des élections régionales et municipales le 22 mai, le mouvement cherche à se décentraliser de Sol et “défendre dans toutes ces assemblées un fonctionnement transparent, à l’horizontal, (…) dont l’objectif principal sera d’éviter que surgissent des chefs qui décident pour l’ensemble de la communauté sans la prendre en compte, comme le font les politiques”. Les premières assemblées s’étaient donc réunies sur les places des quartiers le samedi 28 mai pour la première fois.

Madrid. Samedi 4 juin, au cœur de la Latina, l’assemblé de quartier Los Austrias ouvre sa séance à 12 heures sur la place Carros. Un quartier bobo de la capitale où vivent beaucoup de gens du spectacle (scénaristes, comédiens, etc..). Entre 50 et 100 personnes sont réunies sur la petite place, tous âges confondus. La modératrice ouvre la séance avec une présentation de l’assemblée de quartier, de ses fonctions et de ses objectifs : prendre des décisions sur les propositions d’actions concrètes et pour chacune d’entre elles, arriver à un accord unanime [un consenso]. Des équipes d’environ dix personnes animent la séance et à chacune d’entre elle est attribué un poste avec une liste de tâches. Aucune personne ne peut garder ce poste de manière définitive et un système de rotation est mis en place avec tous les citoyens de la place qui sont donc appelés à participer.

Composition et organisation des assemblées populaires

L’assemblée du quartier Los Austrias, sous la chaleur de ce samedi midi, était composée de la manière suivante :

  • Une modératrice, qui anime le débat, est chargée du bon déroulement général de l’ordre du jour, et de la durée de la séance. Elle suit les réactions de l’assemblée grâce aux différents types de gestes mis en place. (cf plus bas)
  • Un facilitateur : attentif aux débats, en cas de blocage, il va ré-articuler tout ce qui s’est dit précédemment et faire une proposition de consensus qui sera ensuite soumise au vote.
  • Une secrétaire de séance, qui prend en note les décisions finales qui seront actées.

  • Deux personnes chargées de la gestion des tours de parole : munis d’un cahier et d’un stylo, ils listent les personnes qui souhaitent prendre la parole pendant la séance.
  • Plusieurs délégués de séance qui seront chargés de faire le lien avec les autres commissions et porter le message de son assemblée de quartier à l’assemblée générale.
  • Un ou une interprète de la langue des signes.
  • Plusieurs personnes de la commission Respect, chargée de contrôler les débordements lors des discussions, comme les insultes par exemple.

Des gestes pour communiquer

Un système de gestes a été mis en place pour montrer visuellement son accord ou son désaccord ou le fait de vouloir nuancer une proposition. Un système qui permet de ne pas interrompre la personne qui termine son exposé, au modérateur de gérer le débat et en attendant que votre nom soit noté pour prendre votre tour de parole. Avant d’aborder les points clefs de l’ordre du jour, la modératrice ré-explique aux participants quels sont les différents gestes et leur signification.

#1- L’approbation

J’approuve.
Je suis en faveur de cette proposition.
Action : lever les bras et agiter les mains en tournant rapidement les poignets.

#2- Le doute ou la nuance

Je souhaite apporter une nuance à cette proposition.
Action : je lève un bras.
Les personnes sont ensuite invitées  à faire signe aux personnes chargées des tours de parole afin qu’ils les inscrivent sur la liste. Ils exprimeront ensuite leur point de vue à l’assemblée.

#3- Le désaccord avec blocage

Je suis totalement contre cette proposition.

Action : lever les mains et les croiser au niveau des poignets en fermant les poings.
..

Que se passe-t-il à ce moment là ?

Si une ou plusieurs personnes sont en désaccord radicale avec la proposition, des tours de paroles sont institués comme suit :

  • Trois personnes qui se prononcent contre.
  • Trois personnes qui sont pour.
  • Ces six personnes viennent tour à tour prendre le micro, et exposent leur opinion à l’assemblée.
  • La proposition est à nouveau soumise au vote.
  • Mais il subsiste encore des personnes contre la proposition.
  • On demande à l’assemblée si elle souhaite enclencher un autre tour de parole.
  • Si oui s’ouvre alors une autre série de tours de parole, toujours avec : 3 contre et 3 pour
  • L’assemblée vote à nouveau, pour la troisième fois.
  • S’il subsiste encore des personnes contre la proposition, elle sera soumise à nouveau à la prochaine réunion en prenant en compte les opinions exprimés

.#4- Hors-sujet ou répétition

La personne qui a pris la parole s’égare du sujet principal ou répète des choses qui ont déjà été dites.

Action : lever les bras et les mouliner.

#5- Ecourter la prise de parole

La personne qui a pris la parole s’éternise et doit en venir au fait.

Action : joindre les deux mains à plat en les levant vers le ciel.
.

#6-Le désaccord sans blocage

Je ne suis pas d’accord avec ce qui est en train de se dire, et je vous le montre par ce geste, mais je ne veux pas interrompre l’assemblée.

Action : passer plusieurs fois sa main, à plat et devant son visage, du haut vers le bas.

Blocages sur la prise de décisions

L’assemblée continue avec la lecture d’un résumé des propositions adoptées pendant l’assemblée générale de Sol [acampadasol] réunie la veille, vendredi 3 juin sur la place Sol à Madrid. Une assemblée générale de grande ampleur où étaient convoqués pour la première fois tous les représentants des 54 #acampadas d’Espagne et des internationaux #interacampadas. Est notamment évoquée l’épineuse question du campement sur la place : une minorité de personnes souhaitent maintenir en place les infrastructures actuelles. Une majorité souhaite décentraliser le mouvement de la place Sol et diriger toutes les énergies vers les assemblées de quartier, tout en conservant un point d’information.

Actuellement, le processus de prise de décisions mis en place joue contre l’assemblée générale à Sol [#acampadasol]. Il est extrêmement lent car il permet à tout un chacun de prendre la parole pour donner son opinion. Les propositions étant validées par un consensus unanime, une seule personne contre suffit à bloquer l’avancée du mouvement. Pour cette raison, l’acampadasol est bloquée sur cette question du campement depuis une semaine : “c’est le même groupe qui bloque toutes les décisions de l’assemblée “, me racontent les personnes de la commission communication, chargées des questions relatives à Internet. J’ai pu assister à leur réunion de coordination vendredi soir et tous sont conscients que ce type de blocage pourrait aussi intervenir au niveau des assemblées de quartier et affaiblir le mouvement.

Nous avons été infiltrés par des représentants de partis politiques, de syndicats, nous avons même eu affaire à une personne qui a parlé en notre nom aux médias. À Sol c’est le même groupe qui bloque les décisions et nous empêche d’avancer.

Pour cette raison, une nouvelle proposition vient compléter le processus de prise de décisions #3 “Désaccord avec blocage” et sera soumise pour ratification aux assemblée de quartier. La validation d’une proposition fonctionne dans cet ordre :
Assemblée de quartier ou de municipalité : propositions
Assemblée générale de Madrid : décisions en commun
Assemblée de quartier ou de municipalité : ratification
Assemblée générale de Madrid : décision définitive

À cela s’ajoute la création d’un groupe de travail, VOX, chargé de penser à des nouveaux processus de décision plus dynamiques à mettre en place dans cette nouvelle démocratie réelle qui prend corps chaque jour sur les places espagnoles.

Vers un consensus non unanime ?

Les citoyens qui ont pris en charge la séance font preuve d’humour et de patience, comme les participants de l’assemblée. Le système des signes est plutôt bien respecté, certains sont intimidés lorsqu’ils se retrouvent debout devant tout le monde avec le micro en main, pour exposer leurs point de vue.

La première proposition à l’ordre du jour est donc de permettre aux assemblées d’adopter des propositions sans consensus général. Il sera spécifié dans les actes, que la décision a été prise sans accord unanime. Au processus #3 décrit plus haut, s’ajoute donc la possibilité à la fin des trois tours de vote, d’adopter la proposition même s’il subsiste des personnes en désaccord, dans une proportion de 1 pour 100.

La proposition ne fait pas l’unanimité : une personne se prononce contre, comme le montre cette vidéo sous-titrée en français :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Que va-t-il se passer ensuite ? Après plusieurs tours de paroles et plusieurs votes, le facilitateur fera un résumé de ce qui a été dit et formule une nouvelle proposition : “Nous nous rendons tous compte que nous sommes en phase de rodage et nous allons garder, pour le moment, le fonctionnement actuel, c’est-à-dire avec une prise de décision validée par un consensus général. Cependant, nous allons ajouter dans notre liste de tâche cette proposition sur le consensus non unanime et y travailler. Cette décision pourra bien sûr être révoquée lors d’une prochaine assemblée.” Après un tour de vote, la proposition du facilitateur est unanimement adoptée, des applaudissement retentissent, la médiatrice remercie l’assemblée et passe au second point de l’ordre du jour.

L’assemblée aura duré en tout presque trois heures.


Photos Ophelia Noor pour Owni /-)
Image de Une par Voces con Futura
Retrouver notre dossier sur la démocratie réelle en Espagne :

Espagne Labs: inventer la démocratie du futur

La voix graphique de l’Espagne

Comprendre la révolution espagnole

Notre précédent dossier, du 21 mai 2011, sur la naissance du mouvement.

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